Hermopolis, le portique de Thot

Douze colonnes colossales encore debout : le portique d’Hermopolis, seul reste d’un grand temple de Thot.

Vue du portique disparu d’Hermopolis.
Vue du portique disparu d’Hermopolis. Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 51. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

L’arrivée se fait par une digue à travers la plaine. « Ce qui frappe la vue, en arrivant au pied de ces ruines, c’est la grande étendue, la hauteur, la couleur sombre et presque noire, des décombres dont elles sont formées, on se porte avec empressement sur un des monticules les plus élevés, pour embrasser tout l’ensemble. De là on aperçoit, vers le nord, le magnifique portique placé sur l’axe des ruines. »

Le site vit encore à sa façon. Les habitants y exploitent le salpêtre « avec lequel on fait ensuite la poudre à canon » ; « les trous des fouilles servent de repaire à de nombreux chacals et à des renards ; les étangs qui sont dans les bas-fonds, sont remplis de canards et de poules d’eau. » Des colonnes de granit gisent un peu partout, et Jomard repère « des restes de fours où l’on a converti en chaux les matériaux des monumens ».

Puis le portique, seul survivant. « Le portique d’Hermopolis, seul reste considérable de cette grande ville, a appartenu à l’un des plus magnifiques temples de l’Egypte ancienne. Les dimensions des colonnes ne le cèdent qu’à celles des plus grandes colonnes qu’on trouve dans les grands palais de Thèbes. » Les savants arrivent d’Antinoé, et le contraste est saisissant : « Cette grandeur colossale nous a paru plus gigantesque encore, en sortant d’Antinoé, où nous avions séjourné quelques jours. »

« Douze colonnes sont encore debout, couronnées de leurs soffites, des architraves et des plafonds. » Chacune mesure plus de 13 m et près de 2,8 m de diamètre. Mais derrière, plus rien : « Ce qui surprend le plus, est de trouver si peu de vestiges du temple proprement dit. »

Les couleurs ont tenu : « Ce qui étonne le plus après les proportions gigantesques des colonnes, c’est la conservation admirable des couleurs dont le temple était revêtu. Les chapiteaux sont colorés en jaune, en bleu et en rouge […] et ce bleu est très-vif. »

Jomard relève aussi que l’axe du temple coïncide avec l’aiguille de la boussole « en 1800, le 29 octobre », et note que cette mesure servira à suivre les variations du magnétisme terrestre. Il termine par un avertissement. Le portique est d’une solidité exemplaire, « et le monument serait intact comme les parties subsistantes, si les constructeurs eussent fait choix du grès pour leurs matériaux, au lieu de la pierre calcaire, dont les barbares ont fabriqué de la chaux. »

Description de l’Égypte (1809-1829), T. IV, chap. XIV, § III-IV (Jomard).

Deux siècles plus tard

L’avertissement de Jomard s’est réalisé peu après. Le portique a été démoli dans les années 1820, ses blocs de calcaire servant de matériaux et de chaux pour les chantiers industriels de l’époque de Méhemet Ali. Les planches de la Description et les dessins de Vivant Denon sont aujourd’hui les principaux témoins de son aspect. Il appartenait à un temple de Thot reconstruit au IVe siècle av. J.-C., sous Nectanébo et Philippe Arrhidée, demi-frère d’Alexandre le Grand.

Hermopolis, Khemenou pour les Égyptiens et aujourd’hui el-Achmounein, était la ville de Thot, dieu de l’écriture et du savoir, assimilé par les Grecs à Hermès. Selon les théologiens locaux, c’est là que le monde serait né, d’une colline émergée des eaux primordiales.

Le site a été fouillé par des missions allemandes, puis par le British Museum. On y voit aujourd’hui deux colosses de quartzite représentant Thot sous la forme d’un babouin, élevés par Amenhôtep III et redressés, ainsi que les colonnes de granit rose d’une grande basilique chrétienne du Ve siècle, remise en place. Ce sont sans doute les colonnes de granit que Jomard voyait éparses dans les ruines. Les fouilles ont aussi livré des milliers de blocs décorés provenant d’Amarna, toute proche, remployés après l’abandon de la capitale d’Akhenaton.

À quelques kilomètres, la nécropole de Touna el-Gebel, avec le tombeau-temple du grand prêtre Pétosiris et les galeries d’ibis et de babouins momifiés, complète la visite.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IV, chap. XIV, § III-IV (Jomard).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 51.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.