Antinoé, la ville d’Hadrien

Une ville romaine sur les rives du Nil, fondée par l’empereur Hadrien en mémoire d’Antinoüs.

Vue générale des ruines d’Antinoé.
Vue générale des ruines d’Antinoé. Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 54. Mise en couleur illustrative réalisée avec l’IA, sans valeur de fac-similé.

Dans les textes de la Description

Après Thèbes, Antinoé déconcerte. « En abordant la description d’une ville d’Égypte entièrement romaine […] on éprouve à-la-fois deux sentimens en apparence opposés : l’un, la crainte d’être bien loin au-dessous des monumens de l’art égyptien ; l’autre, l’admiration qu’excite la puissance de Rome pour avoir établi dans une région étrangère, au cœur même de la contrée, une architecture si différente. »

L’approche par le fleuve est un tableau. « A travers un bois de palmiers très-épais et situé dans un enfoncement du fleuve, on aperçoit des colonnes qui surmontent les dattiers, et dont la forme élancée annonce aussitôt qu’on approche d’une ville grecque ou romaine. » Les ruines blanches « se détachent fortement sur le fond rembruni des ruines amoncelées et sur un ciel bleu-de-fer », devant une falaise « d’un blanc plus éclatant encore que les monumens ».

Puis l’histoire. Hadrien visite l’Égypte avec le jeune Antinoüs, « qu’il aimait tendrement. Ce jeune homme périt malheureusement dans le Nil : les uns disent que sa mort fut volontaire et l’effet de son dévouement pour l’empereur ; les autres, qu’il se noya par accident. » L’empereur donne son nom à la ville, et « trois à quatre années, dit-on, suffirent à l’érection de la ville entière ».

Jomard refuse pourtant d’y voir un simple monument amoureux. Pour lui, ce sont les ruines de Thèbes qui ont inspiré l’empereur : « Il visita Thèbes ; il fut frappé de ses restes encore aujourd’hui si augustes », et les raisons politiques « me paraissent avoir déterminé Adrien, bien plus que sa passion pour Antinoüs ». Il cite aussi saint Épiphane, selon qui Hadrien fit ensevelir Antinoüs dans la ville, « avec un petit navire, et le fit mettre au rang des dieux ».

Le séjour des savants n’a rien de paisible. Des Bédouins rôdent : « Un jour quelques-uns de mes compagnons de voyage, se promenant dans l’hippodrome, virent arriver trois Bédouins au galop ; sans armes et sans aucune défense, ils furent obligés de se retirer précipitamment sur le Nil. » Un autre jour, un savant qui mesure les dehors de la ville entend hennir un cheval et voit deux cavaliers embusqués à quatre pas. « Son domestique tenait un tromblon ; le voyageur s’en saisit, et dit aux Arabes, avec une heureuse présence d’esprit, que, s’ils étaient amis, ils pouvaient passer sans rien craindre. Surpris de sa contenance, les Arabes délibèrent un moment, puis tournent la bride, et se sauvent dans la montagne. »

Description de l’Égypte (1809-1829), T. IV, chap. XV, § I-III et XV (Jomard).

Deux siècles plus tard

Antinoopolis a été fondée le 30 octobre 130 apr. J.-C., quelques jours après la noyade d’Antinoüs, et non en 132 comme le pensait Jomard. Hadrien en fait une cité grecque dotée de privilèges et peuplée de colons, reliée à la mer Rouge par une route nouvelle, la via Hadriana. Le culte d’Antinoüs divinisé se répand dans tout l’Empire ; l’obélisque dressé aujourd’hui sur le Pincio, à Rome, porte un texte hiéroglyphique qui lui est dédié.

La ville était établie à côté d’un temple plus ancien de Ramsès II, toujours visible, et d’une agglomération égyptienne, la Besa évoquée par Jomard. Elle devient à l’époque byzantine la capitale de la Thébaïde et un grand centre chrétien.

La ville romaine décrite par l’Expédition n’existe plus. Dans les années 1820-1830, ses monuments de calcaire ont été démontés pour bâtir des usines à sucre et produire de la chaux. Les planches de la Description sont donc le principal témoignage de son aspect. Les fouilles ont repris à la fin du XIXe siècle avec le Français Albert Gayet, qui exhume de la nécropole des milliers de textiles, des momies et des portraits. Depuis les années 1930, l’Institut papyrologique « G. Vitelli » de Florence y mène des campagnes régulières, qui ont livré des papyrus, des églises et des quartiers d’habitation.

Sources

Textes anciens

  • Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IV, chap. XV, § I-III et XV (Jomard).
  • Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 54.

Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.