Béni Hassan, la vie peinte
Lutteurs, danseurs, moissonneurs : dans les tombes de Béni Hassan, la vie quotidienne de l’Égypte apparaît en couleurs.

Dans les textes de la Description
Pour atteindre les tombes, il faut traverser un village mort. Beny-Hasan el-Qadym est « un très-grand village, aujourd’hui dépeuplé et abandonné », envahi par les sables : « Aujourd’hui le terrain est recouvert de cinq à six mètres de sable, et condamné à la stérilité la plus absolue. » Jomard en tire une remarque : dans l’Antiquité, « il y avait moins de contraste entre les scènes agricoles qui se passaient au pied de la montagne, et les tableaux d’agriculture qui sont peints dans les hypogées ».
Les tombes sont alignées dans la falaise : « au nombre de trente environ […] tous à une même hauteur dans le rocher ; leurs portes sont sur un même plateau : douze à quinze sont couverts de peintures égyptiennes, dont les sujets sont pleins d’intérêt, et les couleurs parfaitement conservées. » Il insiste : « Les couleurs, surtout, sont d’une fraîcheur étonnante. Le rouge, le bleu, le jaune, dans beaucoup d’endroits, sont encore intacts après tant de siècles. »
L’architecture le trouble. Dans la plus grande tombe, des colonnes « cannelées, à seize cannelures creuses […] enfin pareilles aux colonnes de l’ordre dorique grec ». Il en tire une thèse audacieuse : « Ainsi voilà encore un ordre grec emprunté à l’architecture des bords du Nil. » Ailleurs, les colonnes imitent des bottes de roseaux liées, semblables aux supports des cabanes des villageois.
Puis les scènes de la vie. La moisson à la faucille, le battage par quatre bœufs, le labour, une barque funéraire, un grand bateau à voile carrée. Et une surprise : « Dans la grotte principale, au-dessus d’une porte, j’ai découvert de véritables scènes de gymnastique, chose dont je n’avais vu nulle trace dans les hypogées […] Les deux personnages ou plutôt les deux partis qui luttent ensemble, sont représentés ici dans toutes les postures imaginables ; leurs membres se croisent dans tous les sens. » Les lutteurs sont peints en rouge et en noir, pour qu’on les distingue.
Plus loin, « une leçon de danse et d’équilibre, où le maître et l’élève ont des attitudes pleines de justesse ». Et une scène qui abolit quarante siècles : « Une scène représente le supplice de la bastonnade, où le patient est couché sur le ventre, un homme lui tenant les pieds et un autre les bras, tandis qu’un troisième le frappe. Le spectacle est tel qu’on le voit journellement au Kaire. »
Jomard conclut que, sans aller jusqu’à Thèbes, « on peut prendre à Beny-Hasan une idée juste de la décoration et des peintures des catacombes égyptiennes ».
Description de l’Égypte (1809-1829), T. IV, chap. XVI, sect. I, § X (Jomard).
Deux siècles plus tard
Les 39 grandes tombes rupestres de Béni Hassan appartiennent aux gouverneurs de la province de l’Oryx et à leurs familles, sous le Moyen Empire (XIe-XIIe dynasties, vers 2050- 1850 av. J.-C.). Plusieurs portent des textes autobiographiques qui racontent leur carrière et leurs expéditions.
Les scènes de lutte sont célèbres : dans la tombe de Baqet III, près de 220 couples de lutteurs décomposent les prises comme une bande dessinée, peut-être un véritable manuel. La tombe de Khnoumhôtep II montre l’arrivée d’une caravane d’Asiatiques, menée par un chef nommé Abisha, avec leurs vêtements rayés et leurs ânes ; c’est l’une des plus anciennes images de peuples du Proche-Orient venus en Égypte.
L’idée d’un dorique né à Béni Hassan a longtemps vécu. Champollion, en 1828, parle de colonnes « protodoriques ». Les historiens de l’architecture y voient aujourd’hui plutôt une ressemblance de forme qu’une filiation directe, même si les Grecs ont bien connu l’architecture égyptienne.
Au sud, près du site, se trouve le Speos Artemidos, temple rupestre de la déesse lionne Pakhet, creusé sous Hatchepsout ; Jomard l’avait repéré sous le nom d’Istabl Antar. Les tombes de Béni Hassan se visitent ; plusieurs ont été nettoyées et leurs peintures restaurées, et elles restent l’un des grands ensembles picturaux du Moyen Empire.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IV, chap. XVI, sect. I, § X (Jomard).
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités IV, pl. 66.
Partie « Deux siècles plus tard » : synthèse de l’état actuel des connaissances. Sources consultées et connaissances présentées : 31 octobre 2026.