Beni Hassan, la journée dure quinze jours

Les dessinateurs de l’expédition relèvent les peintures d’une tombe de Beni Hassan.
Les relevés des peintures de Beni Hassan, 1828. Aquarelle interprétative créée avec l’IA. © Visite Égypte.

Dans les pas de Jean-François Champollion · fin octobre–début novembre 1828. Récit adapté de sa correspondance de voyage ; il ne s’agit pas d’une citation.

Je pensais régler la visite de Beni Hassan en une journée. Voilà quinze jours que ses tombes nous occupent. Je devrais déjà être à Thèbes ; le retard ne me cause aucun regret. Tous les matins, nous remontons vers les mêmes salles, et il reste encore à dessiner.

Le premier avis était mauvais

Nous sommes arrivés vers minuit, poussés par une bourrasque. À l’aube, quelques jeunes gens partent en reconnaissance. Ils reviennent avec une conclusion peu encourageante : les peintures sont presque effacées, il n’y aura pas grand-chose à faire.

Je monte tout de même au lever du soleil. La poussière fine qui couvre les parois a trompé mes compagnons. Nous l’enlevons, nous passons une éponge humide, et les détails reparaissent. Les scènes deviennent assez nettes pour occuper toute l’équipe. Les échelles sont mises en place ; la visite rapide vient de changer de programme.

Dans les tombes du nord, les portiques taillés dans la roche nous arrêtent aussi. Au-delà des colonnes, nous retrouvons les salles peintes. Chaque nouvelle paroi ajoute des raisons de prolonger la halte.

Des journées presque identiques

Notre vie se règle sur le soleil. Dès le matin, nous dessinons, nous relevons les couleurs, nous copions les inscriptions. Le repas vient des barques. Nous le prenons dans une grande salle, assis à terre sur le sable ; à travers les colonnes s’étendent les plaines cultivées.

Une heure suffit pour manger. Nous reprenons ensuite le travail jusqu’au coucher du soleil. Lui seul donne le signal du départ. Nous redescendons au bateau, nous soupons, nous nous couchons. Le lendemain, nous remontons.

Cette régularité pourrait sembler monotone. Les images que nous copions le sont beaucoup moins. Elles passent des artisans aux troupeaux, des pêcheurs aux jeux, des maisons aux barques. Les animaux sont rendus avec une précision qui me fait penser aux planches coloriées de nos ouvrages d’histoire naturelle.

Tout ce qui mérite d’être copié

J’organise peu à peu les dessins par sujets. Les métiers ont leur série, la navigation la sienne, les exercices et les divertissements une autre. Les ustensiles eux-mêmes sont relevés avec leurs couleurs, parce que celles-ci peuvent aider à reconnaître les matériaux.

Je veux rapporter ces gestes avec autant de soin que les grands tableaux des souverains. Le travail d’un artisan, la manière de prendre un poisson ou de porter un plat nourrissent eux aussi l’histoire que nous cherchons à écrire.

Nos dessins se comptent désormais par centaines. Thèbes attend toujours en amont. Lorsque je reprends ma lettre, je peux au moins expliquer le retard : la journée prévue à Beni Hassan a rempli quinze jours de travail.