
En quelques mots
Baouît se trouve en Moyenne-Égypte, sur la rive gauche du Nil, au sud de l’ancienne Hermopolis et au nord d’Assiout, à la limite entre le désert et les terres cultivées. Son nom vient du copte et signifie « monastère ». À la fin du IVe siècle, le moine Apollô y fonda une communauté qui devint l’un des grands monastères de l’Égypte chrétienne. Le lieu intéresse autant l’histoire de l’art copte que celle de la vie quotidienne des moines, connue par une abondante documentation écrite : ostraca, inscriptions peintes, papyrus.
Ce que l’on découvre
Le site se présente d’abord comme un kôm, une vaste éminence de sable et de décombres qui couvre environ 40 hectares, près du village de Dashlout. Les paysans des environs y prélevaient le sebakh, un engrais tiré des ruines, et en extrayaient aussi des objets divers. Ce que l’on voit aujourd’hui tient surtout aux fouilles récentes : au centre du kôm, les murs de plusieurs églises, dont une église nord de 20,10 m sur 12,20 m et une église principale de 21 m sur 40 m, bâtie sur un plan à trois parties avec deux séries de huit colonnes ; plus au nord, des bâtiments d’habitation. L’essentiel des sculptures et des peintures découvertes au début du XXe siècle a quitté le site.
Dans l’église nord, un khurus, espace placé devant le sanctuaire, indique que l’édifice est postérieur au milieu du VIIe siècle. Des graffiti retrouvés sur place donnent à penser qu’elle était dédiée à l’archange Michel.
Ce qu’il faut regarder
Le détail le plus parlant se trouve dans la salle 7 du bâtiment 1, un ensemble d’habitation de la première moitié du VIIe siècle. Sa voûte peinte montre la naissance du Christ, deux des fondateurs du monastère, neuf prophètes et des paons. Dans la niche du mur est, le Christ apparaît entouré de séraphins, et les archanges Michel et Gabriel figurent dans le même programme. Ce décor montre qu’une pièce de vie pouvait recevoir un programme religieux aussi soigné qu’une église.
Les inscriptions méritent la même attention. Outre des textes pour des moines défunts, certaines portent une signature d’artiste, rare pour l’époque : « Le sculpteur, c’est moi, Joseph. Priez pour moi ! »
Son histoire
Jean Clédat, pensionnaire de l’Institut français d’archéologie orientale, prospecta le site au début de 1901, puis y ouvrit une fouille officielle à la fin de la même année. Il rapprocha le lieu, en même temps que l’Anglais Walter E. Crum, du monastère d’apa Apollô, et copia les peintures à l’aquarelle jusqu’en 1905. Les découvertes furent partagées en 1902 : environ 200 objets restèrent au Caire, au Musée copte, et quelque 400 partirent pour le Louvre, qui a inauguré en 1929 une salle Baouît où une partie de l’église sud est reconstituée. Jean Maspero reprit les travaux en 1913 ; l’Organisation des Antiquités égyptiennes intervint en 1976, 1984 et 1985. Une convention entre l’IFAO et le Louvre, signée en 1995, n’aboutit à une autorisation de fouille qu’en 2001 ; les travaux reprirent en septembre 2003 sous la responsabilité de Dominique Bénazeth.
Beaucoup reste incertain. La date d’abandon du monastère n’est pas établie, et les éléments dispersés dans les musées ne peuvent pas toujours être replacés dans un bâtiment précis. Les ruines visibles ne rendent plus compte de la hauteur des salles ni de la couleur qui couvrait leurs murs.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Baouît, le monastère de Saint Apollô, Institut français d’archéologie orientale ; Baouît, présentation du chantier (2009), Institut français d’archéologie orientale ; Le site de Baouit, Petite Galerie du musée du Louvre.