
Identification et localisation
Le nilomètre (en arabe miqyâs) occupe l’extrémité sud de l’île de Roda, au Caire, en face du quartier de Fustat (Vieux-Caire). Sa fonction était de mesurer la hauteur de la crue annuelle du Nil, afin de préparer digues et canaux et de fixer le niveau de l’impôt foncier, puisque la crue commandait la production agricole. Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités le compte parmi les plus anciens nilomètres d’Égypte et le tient pour le plus ancien édifice postérieur à la conquête arabe (20 H/640) conservé dans sa forme d’origine. Il appartient au bien « Le Caire historique », inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1979.
Un nilomètre refait sous al-Mutawakkil
L’édifice actuel date de 247 H/861, sous le calife abbasside al-Mutawakkil. Il n’est cependant pas le premier de l’île : d’après Gaston Wiet (1924), un nilomètre y fut fondé en 96 H/714, réparé environ un siècle plus tard, puis restauré à deux reprises par al-Mutawakkil ; l’ouvrage de 247 correspond à la seconde de ces interventions. Wiet s’appuie sur un passage des biographies d’Ibn Khallikân, connu seulement par l’édition de Bûlâq, qui rapporte le récit du constructeur, Ahmad ibn Muhammad al-Hâsib (« le calculateur »), et mentionne le premier administrateur musulman de l’instrument, Abû l-Raddâd ʿAbd Allâh. La notice de Discover Islamic Art désigne elle aussi Ahmad ibn Muhammad al-Hâsib comme maître d’œuvre. Son identification à l’astronome al-Farghânî, souvent avancée, n’est pas établie : le Biographical Encyclopedia of Astronomers se borne à noter que le nom d’al-Farghânî « a été associé » au nilomètre de Fustat.
Le puits et la colonne graduée
Le dispositif est un puits revêtu de pierre, rectangulaire dans sa partie supérieure et circulaire à sa base ; la notice de Discover Islamic Art le décrit en trois niveaux superposés, une base circulaire puis deux niveaux carrés de plus en plus larges. Un escalier descend jusqu’au fond. Au centre se dresse une colonne octogonale de marbre graduée en coudées. L’eau du fleuve arrivait par trois tunnels qui débouchaient dans le puits par trois bouches ouvertes sur le côté est, couvertes d’arcs brisés reposant sur des colonnettes décorées. Les parois nord et est portent des versets coraniques relatifs à l’eau, à la végétation et à la prospérité, en coufique, considérés comme la plus ancienne inscription arabe datée d’Égypte. Selon le récit rapporté par Ibn Khallikân, les lettres, « épaisses d’un doigt », étaient de lapis-lazuli incrusté dans le marbre, pour être lisibles de loin.
Restaurations et fêtes de la crue
Ahmad ibn Touloun fit restaurer le nilomètre en 259 H/873 et fit graver de nouvelles inscriptions, de son époque, sur les parois sud et ouest. D’autres travaux suivirent sous les Fatimides, les Mamelouks et les Ottomans. Du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle, la crue était célébrée chaque année par une fête de sept jours à laquelle assistaient le souverain et ses hauts dignitaires. En 1925, la coupole mamelouke qui couvrait le puits fut remplacée par l’actuel toit conique revêtu de plomb.
Une mesure qui reste à préciser
Les sources ne s’accordent pas sur la hauteur de la colonne : 19 coudées selon le ministère, 16 coudées (10,50 m) selon Discover Islamic Art. L’écart pose la question de la coudée employée et des remaniements successifs de la graduation. La répartition exacte entre inscriptions abbassides et toulounides, ainsi que l’auteur de l’ouvrage de 861, restent également à préciser.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Gaston Wiet, « Une restauration du Nilomètre de l’île de Rawda sous Mutawakkil (247/861) », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1924, Persée ; Tarek Torky, « Nilometer », Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers ; Rawda Island Nilometer, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités.