Gebel el-Silsila, carrières et sanctuaires rupestres

Illustration du site Gebel el-Silsila, carrières et sanctuaires rupestres
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

Entre Edfou et Kôm Ombo, le Nil se resserre entre deux rives de grès : c’est le défilé de Gebel el-Silsila. Le lieu a souvent été décrit comme la plus grande carrière du monde antique. Plus d’une centaine de carrières y furent ouvertes, du Moyen Empire jusqu’au XXe siècle, et leur pierre a servi aux grands temples de la vallée, parmi lesquels Karnak, Louxor et Dendérah. Mais Gebel el-Silsila n’est pas seulement un chantier : le site conserve un temple rupestre, des chapelles, des stèles royales et des milliers de marques gravées qui couvrent une durée exceptionnelle.

Ce que l’on découvre

Depuis le fleuve, on distingue d’abord les fronts de taille, qui portent encore les traces des outils et des inscriptions laissées par les ouvriers. Sur la rive ouest, la falaise est percée d’une façade à cinq ouvertures séparées par des piliers : c’est le spéos d’Horemheb, dernier roi de la XVIIIe dynastie (vers 1323–1295 av. J.-C.), probablement aménagé dans une galerie de carrière existante. Des deux temples de son règne signalés sur cette rive, c’est le seul conservé.

Plus au sud, trente-deux chapelles rupestres s’alignent dans la falaise au-dessus du Nil. Elles appartiennent à de hauts fonctionnaires du Nouvel Empire, pour la plupart contemporains d’Hatchepsout et de Thoutmosis III. Viennent ensuite des monuments rupestres et des stèles au nom de Séthi Ier, Ramsès II, Mérenptah et Ramsès III. On y invoquait des divinités liées au fleuve et à la région, Hâpy, dieu de la crue, Khnoum, Sobek ou Taouret, aux côtés d’Isis, d’Horus, de Min et de la triade thébaine.

Ce qu’il faut regarder

Dans le sanctuaire du spéos, sept statues sont taillées à même la roche : Sobek, Taouret, Horemheb lui-même, Thot, Amon-Rê, Mout et Khonsou. Le roi y prend place parmi les dieux. Sur la paroi ouest, une scène le montre allaité par Taouret ; près d’elle, un relief déroule la procession triomphale qui suivit sa victoire en Nubie. Les rois ramessides et de hauts dignitaires ajoutèrent ensuite scènes, stèles et inscriptions pour marquer leur passage, et des visiteurs chrétiens gravèrent plus tard des croix sur les murs.

Dans les carrières, un autre regard s’impose, plus attentif aux parois nues. Les relevés de la mission suédoise ont recensé environ cinq mille marques de carrière, un système de marquage d’une ampleur sans équivalent sur le site. Certains dessins rupestres remontent à l’Épipaléolithique, vers 10 000 ans avant le présent, bien avant toute exploitation pharaonique. Une même paroi peut ainsi superposer des millénaires d’images.

Son histoire

L’extraction du grès commença au moins au Moyen Empire. Au Nouvel Empire, le défilé devint aussi un lieu de dévotion : les chapelles de dignitaires de la XVIIIe dynastie précèdent le spéos d’Horemheb, puis les rois ramessides y multiplient les monuments. Les inscriptions et les sanctuaires s’échelonnent ainsi de la préhistoire à l’époque romaine.

Une mission de l’université de Lund a repris l’étude systématique du site, en accordant autant d’attention aux marques et aux dessins des parois qu’aux monuments sculptés. Beaucoup reste incertain : la date de nombreux secteurs d’extraction, le sens des marques et l’organisation des personnes qui vivaient près des carrières. Chaque vestige doit être daté pour lui-même, sans attribuer au défilé tout entier la date d’une chapelle voisine.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Gebel al-Silsila, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Speos of Horemheb, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Maria Nilsson et John Ward, « Pictorial representations at Gebel el Silsila : A 10 000 year long repertoire », AHMES 3, 2016, université de Lund.