
Identification et localisation
Qasr Qaroun correspond à l’antique Dionysias, localité de la méris de Thémistos, à l’extrémité occidentale du Fayoum. Le site se trouve à environ 3,5 kilomètres du Birket Qaroun, reste de l’ancien lac Moeris ; le nom de Qasr Qaroun désigne aussi un village voisin. Fondée peu avant 229/228 av. J.-C., peut-être sous Ptolémée III, la ville tire son nom de Dionysos, dont le culte était favorisé par la dynastie lagide, sans qu’un souverain précis puisse être désigné comme fondateur. Elle resta occupée jusqu’au VIe siècle apr. J.-C. La documentation écrite, surtout papyrus, ostraca et inscriptions, compte plus de 260 mentions dans près de 200 textes, de la fin du IIIe siècle av. J.-C. au VIe siècle apr. J.-C.
Une ville ovale aux rues parallèles
L’agglomération couvre environ 32 hectares. De plan ovale, elle est traversée dans sa longueur par trois rues qui dessinent un quadrillage ; l’occupation ne semble jamais y avoir été très dense. Peu de bâtiments dépassent un mètre et demi de hauteur. Outre un kiosque de pierre et un édifice de brique interprété comme un mausolée romain, trois établissements de bains ont été reconnus. Le plus méridional comprenait plusieurs pièces et un caldarium à dix sièges individuels, plus tard transformé en un bassin unique ; un deuxième, circulaire, mesurait 6 mètres de diamètre intérieur et 8 mètres à l’extérieur, avec 18 sièges ; le troisième, déjà très endommagé par les sebbakhin en 1948, n’a jamais été fouillé.
Le temple de Sobek
Le temple, en calcaire, mesure 26,8 × 18,8 mètres pour une hauteur maximale conservée de 9,47 mètres ; il était consacré à Sobek. Son dromos, bordé de deux lions de pierre (l’un entré au musée d’Alexandrie en 1934, l’autre retrouvé en 1948), fut pavé au IIe ou au Ier siècle av. J.-C., date probable de la construction du temple. Au sud-est se trouvait une station de procession, peut-être accompagnée d’un deipnétérion d’époque romaine. Paola Davoli souligne que le plan du rez-de-chaussée du temple de Soknopaios à Soknopaiou Nêsos (Dimeh) diffère peu de celui de Dionysias, dont il partage aussi les dimensions ; les deux édifices se distinguent surtout par le naos ainsi que par le nombre et la position des cryptes. Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités signale chaque 21 décembre l’alignement des rayons solaires sur le sanctuaire. Le temple a été restauré en 1957.
Les castra Dionysiados
Le camp romain, de 83 × 70 mètres, est bâti en brique crue sur une semelle de pierres, avec des murs de 3,8 mètres d’épaisseur. Des tours carrées saillantes occupent les angles et la courtine occidentale, des tours en U les autres faces ; une poterne s’ouvre à l’angle nord-ouest. À l’intérieur, 52 casernements bordent une voie centrale à double colonnade qui mène à un ensemble surélevé, dont l’abside, ménagée dans l’épaisseur du rempart, a livré une statue attribuée à Némésis. Le camp, qui pouvait loger quelque 300 soldats, abritait selon la Notitia Dignitatum l’ala quinta praelectorum, unité connue aussi par les archives de l’officier Flavius Abinnaeus. Des matériaux des Ier–IIIe siècles y ont été remployés. Un ostracon de 306 apr. J.-C. évoque des castra en cours de reconstruction : d’importants travaux sont donc attestés sous la Tétrarchie, mais la date de la construction initiale reste débattue. Le camp aurait été abandonné vers 400.
Un atelier de fausse monnaie
En 1950, une maison en partie ruinée, située à mi-distance entre le temple et le camp, à une centaine de mètres à l’est de celui-ci, a livré environ 15 000 moules monétaires en terre cuite, jetés après usage : piles de moules, dispositifs de coulée intacts, déchets de métal et monnaies ratées. Datés du début du IVe siècle apr. J.-C., sous Constantin Ier, ils forment le plus grand ensemble connu en Égypte. Conservés dans les réserves de l’IFAO, ils sont étudiés par Pierre-Marie Guihard, Jérémie Chameroy et Guillaume Blanchet (CRAHAM, université de Caen Normandie, et LEIZA de Mayence).
De Jomard à la mission de Sienne
Edme Jomard décrivit et dessina le temple dans la Description de l’Égypte (1821) ; Grenfell et Hunt y cherchèrent en vain des papyrus en 1898–1899. La mission franco-suisse de Jacques Schwartz et Henri Wild, avec A. Badawy et R. Smith, reconnut le camp en 1948 puis le fouilla du 7 octobre au 16 novembre 1950, sous 2 à 3 mètres de sable ; ses rapports parurent à l’IFAO en 1950 et 1969. Depuis 2009, le Dionysias Archaeological Project de l’université de Sienne (Emanuele Papi) a prospecté environ 16 hectares par méthodes non invasives. Le peu d’attention accordé à la stratigraphie en 1948–1950 limite encore la chronologie fine de la ville.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Peter Van Minnen, « Dionysias (meris of Themistos) », Fayum Project, Trismegistos, KU Leuven ; Michel Reddé, « Retour sur les castra Dionysiados », UNA Éditions ; Les moules monétaires de Qasr Qarun/Dionysias, CRAHAM, université de Caen Normandie ; Paola Davoli, « L’attività archeologica », dans Venti anni di Papirologia a Lecce, université du Salento, 2012.