
En quelques mots
Tell Basta, dans le gouvernorat de Charqiya, aux portes de Zagazig, conserve les ruines de Per-Bastet, « la maison de Bastet », que les Grecs appelèrent Bubastis. Le culte de la déesse y est attesté dès la IIe dynastie, et la ville compta parmi les plus importantes du Delta oriental jusqu’à l’époque romaine. Capitale du XVIIIe nome de Basse-Égypte au Nouvel Empire, elle devint sous la XXIIe dynastie, celle des rois d’origine libyenne, le berceau d’une lignée royale et l’une des capitales du pays.
Ce que l’on découvre
Le visiteur n’y trouve pas un temple debout mais un champ de blocs couchés, au milieu d’une ville moderne qui a gagné sur le tell. Ce chaos est pourtant lisible. Les pierres les plus anciennes, deux blocs de granit rouge aux noms de Khéops et de Khéphren, furent remployées lors des agrandissements ultérieurs. Les rois de la XXIIe dynastie refirent le sanctuaire avec des matériaux récupérés : le nom d’Osorkon Ier revient sans cesse à l’entrée, tandis qu’Osorkon II fit élever une porte monumentale et une longue colonnade ouvrant sur une salle hypostyle à colonnes papyriformes et hathoriques. Nectanébo II, sous la XXXe dynastie, reconstruisit enfin le saint des saints.
Autour du temple, d’autres vestiges rappellent la longue durée du site : les piliers du temple de ka de Pépi Ier, sur le kôm occidental, les restes d’un palais du Moyen Empire, une statue de la reine Méritamon, fille puis épouse de Ramsès II, et un puits d’époque romaine.
Ce qu’il faut regarder
Le détail le plus parlant est le décor de la porte d’Osorkon II : ses reliefs figurent la fête-sed, le jubilé par lequel la royauté du souverain était renouvelée. Édouard Naville, qui les dégagea, leur consacra dès 1892 un volume entier ; leur étude a été reprise depuis par la mission allemande qui travaille sur le site.
Il faut aussi regarder ce qui manque. Hérodote, au Ve siècle av. J.-C., décrivait un temple presque entièrement ceint d’eau, entre deux canaux venus du Nil, larges d’une centaine de pieds et ombragés d’arbres. Aucune fouille n’en avait trouvé trace. Des carottages et des mesures de résistivité électrique menés en 2016 et 2018 au nord de l’enceinte ont révélé des dépôts argileux épais d’au moins quatre mètres et une tranchée enfouie large de 20 à 30 mètres : la première preuve matérielle de ces canaux sacrés.
Son histoire
Figurée d’abord en lionne puis en chatte, Bastet protégeait la ville. Les chats momifiés offerts à la déesse, parfois dans des étuis de bronze ou de bois, étaient ensuite inhumés dans son domaine sacré ; Bubastis fut, avec Saqqarah, l’un des principaux centres de ces offrandes. Naville fouilla le temple en 1887–1889, Labib Habachi découvrit le temple de Pépi Ier en 1939, puis plusieurs équipes explorèrent le palais du Moyen Empire. Depuis 2009, un projet de l’université de Würzburg dirigé par Eva Lange-Athinodorou, en coopération avec le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, étudie le dromos, la voie processionnelle dallée de calcaire qui reliait la ville orientale au temple. La tradition chrétienne rattache aussi le lieu au passage de la Sainte Famille.
Beaucoup reste incertain : les fêtes de Bastet décrites par Hérodote relèvent d’un témoignage grec qu’aucune inscription égyptienne ne permet de vérifier dans le détail, et le plan exact des états successifs du temple demeure en partie à reconstituer.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Tell Basta, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Eva Lange-Athinodorou et al., « The sacred canals of the Temple of Bastet at Bubastis (Egypt) », Journal of Archaeological Science: Reports 26, 2019 ; Statuette de chat destinée à contenir une momie de chat (56.16.1), Metropolitan Museum of Art.