
En quelques mots
Pi-Ramsès, « la maison de Ramsès », fut la grande résidence royale du Delta oriental sous les XIXe et XXe dynasties. Son cœur se trouve sous les champs et le village de Qantir, dans le gouvernorat de Charqiya ; plus au sud, le site de Tell el-Dab’a, l’ancienne Avaris des Hyksôs, en formait la partie méridionale. La ville fut abandonnée vers 1100 av. J.-C., lorsque le bras du Nil qui la desservait s’ensabla. Ses monuments de pierre servirent ensuite de carrière pour Tanis, ce qui a longtemps égaré la recherche.
Ce que l’on découvre
Le lieu ne se présente pas comme un champ de ruines. L’essentiel de la ville est connu par les fouilles et par une vaste prospection magnétique, qui révèle sous les cultures le tracé des bâtiments. Le projet Qantir-Pi-Ramsès, conduit depuis 1980 par le Roemer- und Pelizaeus-Museum de Hildesheim et l’université Humboldt de Berlin, a ainsi mis au jour un grand complexe de palais ou de temple et un quartier d’installations techniques.
Parmi elles figurent des fonderies de bronze et des vestiges de fabrication et de coloration du verre, ainsi qu’un terrain d’entraînement et des écuries pouvant accueillir plus de 480 chevaux. Ces découvertes donnent l’image d’une capitale à la fois politique, militaire et artisanale, placée sur la route du Proche-Orient. Les résultats sont publiés dans la série Forschungen in der Ramses-Stadt.
Ce qu’il faut regarder
Le détail le plus parlant de Pi-Ramsès se trouve aujourd’hui dans les musées : les carreaux de faïence du palais de Ramsès II. Le Metropolitan Museum of Art de New York en conserve un fragment (inv. 35.1.39), provenant de Qantir et daté d’environ 1290–1224 av. J.-C. Il représente le vêtement d’un Nubien ligoté et appartient à un vaste ensemble de carreaux figurant des captifs étrangers. Chaque personnage était composé de deux pièces de faïence, en relief sur leur support.
Le programme de carreaux couvrait plusieurs règnes, et c’est ce qui en fait un document précieux : les fragments permettent de restituer des éléments d’architecture aujourd’hui disparus, comme des estrades de trône, des escaliers et des fenêtres.
Son histoire
La localisation de Pi-Ramsès a longtemps été discutée. À Tanis, la masse de blocs et de statues portant le nom de Ramsès II fit croire aux premiers égyptologues que la ville ramesside, et même Avaris, se trouvaient là. En réalité, après l’abandon de la résidence, ses édifices de pierre avaient fourni les matériaux des sanctuaires de la nouvelle capitale. Dès 1928, Mahmud Hamza fouilla à Qantir un palais qu’il identifia à Pi-Ramsès, et Labib Habachi poursuivit les recherches dans le secteur en 1941–1942. Les fouilles autrichiennes de Tell el-Dab’a, menées depuis 1966, et celles de Hildesheim à Qantir ont ensuite établi cette identification sur des bases solides.
Beaucoup reste à comprendre. L’extension exacte de la ville, l’organisation de ses quartiers et le tracé des anciens chenaux ne se lisent pas dans le paysage actuel, où les canaux ont changé depuis l’Antiquité. Il faut aussi distinguer, pour chaque monument ramesside retrouvé ailleurs, la date de sa sculpture, celle de son transport et celle de son remploi.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Tell el-Dabʿa, Institut archéologique autrichien (Académie autrichienne des sciences) ; The Qantir-Pi-Ramesse Project, International Association of Egyptologists ; Fragment de carreau du palais de Ramsès II, Qantir (35.1.39), Metropolitan Museum of Art.