
En quelques mots
Tell el-Dab’a se trouve dans le Delta oriental, à 8 kilomètres au nord de Faqous, dans le gouvernorat de Charqiya. L’Institut archéologique autrichien, qui y fouille depuis 1966, l’identifie avec certitude à Avaris, capitale des rois hyksôs de la XVe dynastie (vers 1640–1530 av. J.-C.), puis à la partie méridionale de Pi-Ramsès, la résidence des Ramsès. L’histoire du lieu commence cependant avant les Hyksôs et se poursuit après eux : il faut y voir une longue succession de villes, non une cité figée.
Ce que l’on découvre
Avaris n’est pas un site de ruines monumentales : ce que l’on en sait provient des fouilles et de la prospection géophysique, qui restituent le plan d’une agglomération aujourd’hui enfouie. Palais, temples, tombes et installations portuaires ont été dégagés secteur par secteur. La ville s’étendait sur la branche pélusiaque du Nil et, dès la fin du Moyen Empire, elle était devenue un port important pour les navires de mer, au point de rencontre entre la vallée du Nil, les routes du Sinaï et la Méditerranée.
Les couches de cette époque livrent des maisons et des tombes d’habitants venus du Levant. Selon Alexander Ilin-Tomich, leur analyse suggère qu’il s’agissait de personnes libres, dont certaines acquirent une richesse notable. Le mobilier ne permet pas pour autant d’attribuer à chaque habitant une origine unique.
Ce qu’il faut regarder
Deux types de découvertes résument la singularité d’Avaris. Le premier est funéraire : devant certaines tombes, des équidés et des moutons ou des chèvres étaient parfois inhumés selon une coutume levantine, étrangère aux usages égyptiens.
Le second est pictural. À Ezbet Helmi, dans le secteur H/VI, les fouilleurs ont recueilli les fragments de peintures murales de style minoen provenant de deux complexes palatiaux, datés de la première moitié du règne de Thoutmosis III. On y reconnaît des scènes de saut et de lutte avec le taureau, des griffons ailés, des lions, des léopards et des fonds en labyrinthe, proches de l’imagerie de Cnossos. La technique elle-même est égéenne : une véritable fresque sur enduit de chaux, inconnue en Égypte jusque-là, avec des lignes tracées au cordeau. Seuls 5 à 20 % de ces décors subsistent.
Son histoire
Une première phase est connue à Ezbet Rushdi, où Shehata Adam dégagea en 1951–1954 des vestiges de la XIIe dynastie et un temple lié à Amenemhat Ier. Sous la XVe dynastie, certains rois d’Avaris portaient le titre de « souverain des pays étrangers », que beaucoup d’égyptologues tiennent pour l’origine du mot grec « Hyksôs ». Le seul de ces rois bien attesté par des documents contemporains est Apophis, dont la 33e année de règne figure dans le papyrus Rhind. La ville fut prise par Ahmosis, fondateur du Nouvel Empire.
Après les palais thoutmosides, le secteur devint la partie sud de Pi-Ramsès, puis fut abandonné vers 1100 av. J.-C., quand le bras du Nil s’ensabla ; une occupation reprit de l’époque saïte au début de l’époque ptolémaïque. Fouillé par Édouard Naville en 1885, puis par Labib Habachi en 1941–1942, le site est exploré par l’équipe autrichienne, dirigée par Manfred Bietak jusqu’en 2009, puis par Irene Forstner-Müller. Les datations absolues de la XVe dynastie restent discutées.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Tell el-Dabʿa, Institut archéologique autrichien (Académie autrichienne des sciences) ; Tell el-Dabʿa, Late Minoan Wall Paintings, Institut archéologique autrichien ; Alexander Ilin-Tomich, « Second Intermediate Period », UCLA Encyclopedia of Egyptology, 2016.