
En quelques mots
Au cœur de l’Alexandrie moderne, Kôm el-Dikka conserve sur environ quatre hectares un quartier résidentiel et civique des époques romaine et byzantine, occupé du IIe au VIe siècle apr. J.-C. On y voit un petit théâtre, ou odéon, présenté comme le seul exemple de ce type connu en Égypte, de grands thermes, une vingtaine de salles d’enseignement et des maisons à mosaïques. Ce n’est pas une ville bâtie d’un seul jet : chaque édifice a ses propres phases, et l’ensemble visible superpose plusieurs siècles de reconstructions.
Ce que l’on découvre
Le théâtre et ses gradins de marbre attirent d’abord le regard. Il ferme l’extrémité sud d’un grand portique qui traversait tout l’îlot du nord au sud. Autour du théâtre et du portique s’alignent les auditoria, petites salles aux bancs en gradins interprétées comme des salles de cours. Dans la partie nord du site s’étendent les thermes, avec leurs salles chauffées par hypocauste, une grande citerne maçonnée, des palestres et des latrines publiques.
Ce complexe public n’a pas toujours existé. À son emplacement se trouvaient, aux Ier et IIe siècles, de riches maisons urbaines, détruites à la fin du IIIe siècle avant que l’îlot entier ne soit réorganisé. Une autre maison du début de l’époque romaine, la villa des Oiseaux, doit son nom à un pavement où figurent différentes espèces d’oiseaux ; elle abrite aujourd’hui, sous un abri, plusieurs mosaïques, dont une mosaïque de Dionysos trouvée près du théâtre et transférée en 2016.
Ce qu’il faut regarder
Un détail minuscule éclaire la naissance des thermes. Sous un chapiteau ionique de marbre, remployé dans le bâtiment, sont gravées les lettres ΦΛ ΑΝΤ. Ces chapiteaux avaient été importés d’Asie Mineure au Ier ou au début du IIe siècle, puis récupérés. Selon une étude parue en 2021, l’abréviation désignerait Flavius Antonius Theodorus, préfet d’Égypte en 337 et 338, ce qui placerait le lancement du chantier sous Constantin, vers 337.
Il faut aussi observer le terrain lui-même. Au sud des thermes, un immense monticule de cendres et de déchets urbains s’est accumulé du IVe au VIIe siècle, jusqu’à s’élever de plusieurs mètres au-dessus du dallage des bains et du portique. Les fouilleurs y ont recueilli surtout des céramiques, mais aussi du verre, et, en dessous, les ruines des maisons du début de l’époque romaine.
Son histoire
Les thermes ont connu trois grandes phases : une construction au IVe siècle, puis deux reconstructions, la première après 395–425 d’après une monnaie, la seconde datée par une pièce de l’empereur Maurice (582–602). La mission du Centre polonais d’archéologie méditerranéenne de l’université de Varsovie, qui fouille le site avec les autorités égyptiennes, a inauguré le 1er avril 2017 un nouveau parcours de visite, jalonné de panneaux bilingues devant les monuments principaux.
Plusieurs questions restent ouvertes : la date de fondation des thermes, liée par certains au tsunami de 365, par d’autres au règne de Constantin ; l’usage précis de chaque auditorium, que l’on ne peut attribuer à une école ou à un maître connu ; la chronologie fine du théâtre, dont les phases restent à préciser.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Kom el-Dikka, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Anna Urszula Kordas, « The baths at Kom el-Dikka in Alexandria as a foundation of Constantine the Great? », Journal of Roman Archaeology 34, 2021 ; Grzegorz Majcherek, « Alexandria, Kom el-Dikka. Season 2017 », Polish Archaeology in the Mediterranean 27/1, 2018.