
En quelques mots
Le phare d’Alexandrie se dressait à la pointe orientale de l’ancienne île de Pharos, à l’entrée du grand port de la capitale lagide. Selon un texte tardif, la Souda, le chantier commença en 297 av. J.-C. sous Ptolémée Ier ; l’édifice fut achevé sous Ptolémée II, au moment de la 124e olympiade, soit entre 283 et 281 av. J.-C. Compté parmi les Sept Merveilles du monde, il n’existe plus en élévation. Le fort de Qaitbay occupe aujourd’hui son emplacement, et une partie de ses ruines gît sous la mer, mêlée à des blocs d’autres origines.
Ce que l’on découvre
À la pointe, la silhouette qui s’impose est celle d’une forteresse : un donjon carré renforcé d’une tourelle ronde à chacun de ses angles, dans une enceinte. C’est le fort élevé par le sultan mamelouk Qaitbay, qui visita en juin 1477 le site du phare ruiné et, selon le chroniqueur Ibn Iyâs, ordonna de construire une tour sur les vieilles fondations. Le fort fut ensuite renforcé par les Mamelouks, les Ottomans et Mohammed Ali, endommagé par le bombardement britannique de 1882, puis son donjon fut reconstruit à partir de 1939. Rien de l’édifice antique n’est donc visible à terre.
Le site archéologique est sous l’eau, à l’est du fort : un chaos de blocs antiques sur environ 115 mètres du nord au sud et 140 mètres d’est en ouest, par 5 à 8 mètres de fond. Plus de 4 000 blocs y ont été inventoriés, colonnes, éléments d’architecture et fragments de statues.
Ce qu’il faut regarder
Parmi ces blocs, trente-cinq fragments pharaoniques, la plupart inscrits, invitent à la prudence. On y reconnaît des morceaux de deux paires d’obélisques de Séthi Ier, des colonnes papyriformes fermées et des architraves d’Apriès, ainsi que des sphinx, dont le plus ancien porte le nom de Sésostris III et le plus récent celui de Psammétique II. Ces pièces sont bien antérieures à la fondation d’Alexandrie ; elles furent donc apportées d’autres sites égyptiens pour orner la ville grecque. Leur présence au pied du fort rappelle que tout bloc immergé à cet endroit n’appartient pas au phare. Dix-neuf d’entre elles sont aujourd’hui exposées au musée de plein air de Kôm el-Dikka, où les cartouches royaux se lisent hors de l’eau.
Son histoire
Les images antiques et les descriptions médiévales permettent de restituer une tour en trois sections superposées, carrée, puis octogonale, puis circulaire, surmontée d’une statue. La tradition place un feu au sommet, mais la façon dont feu et statue coexistaient reste non résolue, et la hauteur exacte de l’édifice n’est pas établie. Le phare resta debout près de seize siècles. Le séisme et le tsunami du 8 août 1303 provoquèrent son effondrement ; la restauration ordonnée en 1304 par l’émir Baybars al-Dawâdâr n’eut pas de suite, et les ruines servirent de carrière avant d’être gagnées par la mer. La chute du phare laissa une brèche dans la défense du port, que le fort de Qaitbay vint combler plus d’un siècle et demi plus tard.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Le phare d’Alexandrie, programme Pharos, Centre d’études alexandrines ; Georges Soukiassian, Fragments pharaoniques du site sous-marin du fort Qaitbay (Alexandrie), Études alexandrines 55, Centre d’études alexandrines ; Kathrin Machinek, « Le fort Qaitbay, successeur du phare », programme Pharos, Centre d’études alexandrines.