
En quelques mots
La grande colonne d’Alexandrie est l’un des derniers monuments antiques encore debout dans la ville. Elle a été élevée en 297 apr. J.-C. en l’honneur de l’empereur Dioclétien, après sa victoire sur l’usurpateur Domitius Domitianus. Son nom de « colonne de Pompée » est une erreur ancienne : le général romain, tué en Égypte, mourut environ trois siècles et demi plus tôt, et le monument n’a aucun lien avec lui. La colonne se dresse sur la colline du Sarapéion, le principal sanctuaire de Sarapis, dont il ne reste que des fondations et des souterrains.
Ce que l’on découvre
Le fût est un monolithe de granit d’Assouan, taillé d’un seul bloc, l’un des plus hauts fûts monolithes jamais dressés. Il repose sur une base et porte un énorme chapiteau corinthien, lui aussi en granit. Les hauteurs publiées varient, de 22 à 30 mètres selon les auteurs ; le diamètre atteint 2,70 m à la base. Le sommet portait une statue de l’empereur, dont la nature est discutée : l’inventaire présenté à l’UNESCO parle d’une statue équestre, tandis que le Centre d’études alexandrines, s’appuyant sur une mosaïque de Sepphoris du Ve siècle, évoque une statue de porphyre. Autour, le visiteur parcourt les fondations du sanctuaire et descend dans des galeries creusées dans la roche.
Ce qu’il faut regarder
Le détail le plus parlant se trouve au pied du monument. La base de la colonne contient des blocs égyptiens bien plus anciens, remployés par les bâtisseurs romains ; deux sont encore en place, deux autres sont aujourd’hui conservés au British Museum. L’hommage à un empereur romain repose ainsi sur des fragments de l’Égypte pharaonique. Dans les galeries souterraines, les niches ménagées dans les parois ont été rapprochées de la bibliothèque du temple, qui y aurait rangé ses rouleaux de papyrus ; l’hypothèse reste débattue.
Le second détail est une histoire de mesure. Le 30 août 1798, les architectes et ingénieurs de l’Expédition d’Égypte voulurent relever les dimensions exactes du monument. Charles Norry et ses confrères réussirent à faire passer une corde attachée à un cerf-volant par-dessus le sommet, puis des cordages, et enfin à hisser un banc qui leur permit d’atteindre le chapiteau. Le relevé coté de Norry, réalisé en 1799, donne encore à la colonne le nom de « Septime Sévère », preuve que son attribution restait alors incertaine.
Son histoire
Le Sarapéion était le sanctuaire le plus important d’Alexandrie et l’un des plus célèbres de l’Antiquité, centre d’un culte diffusé dans toute la Méditerranée. Les fouilles menées vers 1900 puis pendant la Seconde Guerre mondiale ont permis de distinguer une phase ptolémaïque et une phase romaine ; l’architecture du sanctuaire ptolémaïque semble avoir été de style grec plutôt qu’égyptien. La colonne fut l’un des derniers ajouts. En 391, le temple fut détruit et le site passa à un usage chrétien. La colonne resta debout, et le nom arabe du lieu, al-Sawari, « les colonnes », garde le souvenir d’un paysage autrefois plus dense.
Bien des points restent ouverts : le plan du sanctuaire au moment où la colonne fut dressée, la fonction exacte des souterrains et la date même de la fondation du temple, que les sources situent tantôt au IIIe, tantôt au IIe siècle av. J.-C.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Colonne de Pompée, exposition « 1798 : les savants de Bonaparte dessinent Alexandrie », Centre d’études alexandrines ; Alexandria, ancient remains and the new library, liste indicative du patrimoine mondial, UNESCO ; Judith S. McKenzie, Sheila Gibson et A. T. Reyes, « Reconstructing the Serapeum in Alexandria from the Archaeological Evidence », Journal of Roman Studies 94, 2004.