
En quelques mots
Les catacombes de Kôm el-Chougafa sont la plus célèbre des nécropoles d’Alexandrie. Ce grand hypogée, c’est-à-dire un tombeau entièrement creusé sous terre, a été taillé dans la roche à la fin du Ier siècle apr. J.-C., non loin du grand temple de Sarapis. Il ne s’agit ni d’une tombe pharaonique ni d’un monument contemporain de la fondation de la ville : c’est une sépulture collective de l’époque romaine, dont le décor associe, dans un même espace, des formes égyptiennes et grecques.
Ce que l’on découvre
La descente commence par un large puits circulaire autour duquel s’enroule un escalier. Le vide central permettait sans doute de faire descendre les corps sans les porter dans les marches. Au premier niveau souterrain, une rotonde distribue les salles. La plus vaste est une salle de banquet funéraire, où parents et amis se réunissaient sur des banquettes de pierre taillées dans la roche pour les repas en l’honneur des morts.
Un escalier plus étroit conduit, un niveau plus bas, au tombeau principal, puis à des galeries creusées de nombreux loculi, ces niches rectangulaires où l’on glissait les défunts avant de les fermer par une plaque. L’hypogée comptait trois niveaux ; le plus profond est aujourd’hui entièrement envahi par l’eau. À l’origine, l’ensemble était bien plus modeste : les galeries ont été ajoutées au fil des générations, et un passage percé plus tard relie désormais le tombeau principal à un second hypogée, appelé « salle de Caracalla ».
Ce qu’il faut regarder
La façade du tombeau principal condense à elle seule le style alexandrin. Des colonnes papyriformes, d’inspiration égyptienne, ouvrent sur un vestibule dont les parois portent de grands serpents sculptés. Ce sont des figures d’Agathodaimon, le bon génie protecteur propre à Alexandrie, coiffés de la double couronne d’Égypte. Chacun tient le caducée d’Hermès et le thyrse de Dionysos, deux attributs grecs, et au-dessus de chacun se dresse un bouclier orné d’une tête de Méduse, destinée à repousser le mal.
À l’intérieur, les figures d’Anubis, le dieu à tête de chacal qui veille sur les morts, sont vêtues comme des soldats romains. Dans la salle de Caracalla voisine, deux tombes peintes offrent l’autre visage de ce mélange : un registre supérieur de style égyptien consacré à Osiris, un registre inférieur de style grec racontant le mythe de Perséphone.
Son histoire
Le secteur est exploré par Giuseppe Botti à partir de 1892, puis par l’expédition allemande financée par Ernst von Sieglin. L’entrée du grand hypogée est retrouvée en 1900, selon la tradition quand un âne tomba dans l’ouverture. Les peintures de la salle de Caracalla, signalées dès 1901, n’ont été réellement étudiées qu’à partir des années 1990 par le Centre d’études alexandrines, grâce à la photographie infrarouge puis à la fluorescence ultraviolette, qui ont fait réapparaître des images devenues invisibles à l’œil nu.
Le monument reste menacé par la nappe phréatique. Entre 2017 et 2019, un projet de rabattement a installé six puits de pompage profonds pour abaisser le niveau de l’eau. Bien des questions demeurent : on ignore qui furent les commanditaires du tombeau principal, et l’histoire des agrandissements successifs reste difficile à reconstituer.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Jean-Yves Empereur, A Short Guide to the Catacombs of Kom el Shoqafa, présentation, Centre d’études alexandrines ; Sayed Hemeda, « Geotechnical modelling of the climate change impact on world heritage properties in Alexandria, Egypt », npj Heritage Science, 2021 ; Marjorie S. Venit, compte rendu de Guimier-Sorbets, Pelle et Seif el-Din, Renaître avec Osiris et Perséphone, Bryn Mawr Classical Review, 2015.