Fort de Qaitbay, sur le site du phare antique

Illustration du site Fort de Qaitbay, sur le site du phare antique
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

Le fort de Qaitbay occupe l’extrémité orientale de l’ancienne île de Pharos, à l’entrée du port oriental d’Alexandrie. Le sultan mamelouk al-Ashraf Qaitbay, venu visiter les lieux en 1477, y fit élever une haute tour carrée ; selon le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, le chantier dura de 1477 à 1479 (882–884 de l’Hégire). L’ouvrage devait protéger le port et la ville contre les corsaires et la menace ottomane. Il s’élève à l’emplacement du phare antique, effondré en 1303 à la suite d’un violent tremblement de terre, et ses bâtisseurs réemployèrent les blocs de la ruine. Le fort n’est donc pas une reconstitution du phare, mais une forteresse de la fin du XVe siècle, remaniée pendant quatre siècles.

Ce que l’on découvre

L’ensemble, bâti en calcaire, couvre environ 17 550 mètres carrés. Une enceinte extérieure jalonnée de tours de défense enveloppe le tout ; une enceinte intérieure ferme la cour de la citadelle et abrite des salles, les unes servant de casernements, les autres de magasins. Au centre se dresse le donjon, massive tour carrée de trois niveaux, dont les quatre angles sont occupés par des tours semi-circulaires portant des balcons en saillie. Près de la tour, une citerne fournissait l’eau aux soldats et à leurs chevaux. Vue depuis la corniche, la silhouette paraît d’un seul jet ; elle résulte pourtant de campagnes successives.

Ce qu’il faut regarder

Le premier détail est chronologique : la forteresse visible aujourd’hui n’est pas celle de 1479 restée intacte. Les Mamelouks ajoutèrent un avant-mur et développèrent le châtelet ; les Ottomans élevèrent des plateformes d’artillerie et des logements pour les janissaires ; en 1798, les ingénieurs de Bonaparte firent démolir les habitations civiles installées sur le site. Au milieu du XIXe siècle, l’ouvrage devint une fortification bastionnée, avec chambres de tir casematées et nouvelles casernes. Le bombardement britannique de 1882, dirigé contre les insurgés d’Orabi, mit fin à son rôle militaire. Classé monument islamique en 1887, le fort resta en ruine une soixantaine d’années avant les restaurations de 1938 et de 1950 ; lors de nouveaux travaux, en 2001–2002, le Centre d’études alexandrines (CEAlex) put y mener sondages, relevés et étude du bâti.

Le second détail est sous la mer, au pied des murs. Depuis 1994, les plongeurs du CEAlex y ont enregistré plus de 3 000 blocs : colonnes, chapiteaux, bases, fragments de statues colossales dont certains pèsent jusqu’à 40 tonnes, dans des pierres souvent importées (granit, quartzite, grauwacke, marbre). Les archéologues y distinguent au moins trois ensembles : les vestiges du phare au nord-ouest, une construction d’époque romaine au nord-est et, au sud, le long du fort, une digue de protection faite de colonnes de granit en remploi. Tout ce qui gît au pied du fort ne vient donc pas du phare.

Son histoire

Le fort s’inscrit dans l’histoire longue des défenses d’Alexandrie. Après la conquête arabe de 642 et la fondation de Fustat, la ville se contracta ; au IXe siècle, sous Ibn Touloun, une nouvelle enceinte plus courte remplaça la muraille antique. Les Mamelouks renforcèrent le port oriental par plusieurs forts nouveaux, dont Qaitbay est le mieux conservé, tandis que les Ottomans équipèrent le port occidental. La plupart de ces murailles et de ces forts furent démantelés au début du XXe siècle, ce qui donne au fort sa valeur de témoin.

Le lien avec le phare reste réel mais limité : le fort en partage l’emplacement et une partie des pierres, pas le plan. La hauteur et l’élévation du phare ne peuvent se déduire de la forteresse, et l’identification des blocs antiques, à terre comme sous l’eau, se fait pièce par pièce, grâce aux relevés et aux modèles numériques en trois dimensions établis par le CEAlex.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Qaitbay Fort, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Les fortifications d’Alexandrie aux époques médiévale et ottomane, Centre d’études alexandrines ; Fouilles sous-marines sur le site du Phare, Centre d’études alexandrines.