
Identification et localisation
Kôm el-Chougafa est la plus connue des nécropoles d’Alexandrie, ville dont les vestiges antiques conservés sont surtout funéraires. Elle se trouve près des ruines du Sarapéion. L’ensemble visitable réunit deux grands hypogées : le « tombeau principal » (salles A à G du plan publié en 1997 par Mervat Seif el-Din et Anne-Marie Guimier-Sorbets) et, à l’est, un second hypogée appelé par convention « salle de Caracalla » (salles H, J et TS). Le tombeau principal fut creusé au Ier ou au IIe siècle apr. J.-C.
Un hypogée de trois niveaux autour d’un puits
On accède au monument par un puits circulaire autour duquel tourne un escalier en spirale. Le vide central servait probablement à descendre les corps, sans passer par les marches, jusqu’au troisième niveau. Au premier niveau, un vestibule bordé de banquettes de pierre surmontées de demi-coupoles en coquille, au sol conservant des restes de dallage de pierre blanche que Jean-Yves Empereur identifie comme de l’albâtre, ouvre sur une rotonde puis sur le triclinium, salle des banquets funéraires. Un escalier droit descend au tombeau principal, un niveau plus bas. À l’origine, le complexe se limitait sans doute au triclinium et au tombeau principal ; les galeries de loculi furent ajoutées ensuite. Les deux hypogées étaient séparés : c’est une ouverture percée par des pilleurs qui les relie aujourd’hui.
La façade à serpents et la chambre aux trois sarcophages
La façade du tombeau principal, en forme de pronaos, est surmontée d’un disque solaire ailé. De part et d’autre de l’entrée, deux serpents Agathodaimon coiffés de la double couronne s’enroulent autour d’un thyrse et d’un caducée, sous un bouclier à gorgonéion. Deux niches abritent une statue d’homme et une statue de femme dans la pose égyptienne traditionnelle (bras le long du corps, une jambe avancée), mais avec des têtes individualisées de style gréco-romain. Au revers de la façade, deux reliefs d’Anubis en tenue de soldat romain se font face, l’un d’eux en partie serpentiforme. La chambre intérieure aligne trois sarcophages taillés dans la roche même : leur couvercle est purement décoratif et le corps était introduit par l’arrière. Au-dessus du sarcophage central, un panneau représente Anubis et une scène de momification. Les « hiéroglyphes » gravés dans le tombeau n’ont pas de sens ; en revanche, des plaques de fermeture de loculi portent en grec le nom du défunt, son âge et la formule d’adieu eupsuchei, dont quelques exemples restent en place.
La salle de Caracalla et les tombes de Perséphone
Dans le second hypogée, deux tombes conservent des peintures étudiées au sein du Centre d’études alexandrines (CNRS) par Seif el-Din et Guimier-Sorbets, à la demande de Jean-Yves Empereur et avec l’accord du Conseil suprême des antiquités égyptiennes. Le mur central de la tombe 2 montre l’enlèvement de Perséphone.
Un siècle de recherches sous la nappe
Theodor Schreiber, de l’expédition Sieglin, publia en 1908 les premières descriptions des ruines ; Giuseppe Botti avait décrit le site dès 1900. En 1941, Alan Rowe fit pomper l’eau souterraine et fouilla en 1942 le niveau le plus bas. Celui-ci est de nouveau noyé, et des passerelles de planches, installées dans les galeries inondées, ramènent la hauteur des portes d’environ 1,87 m à 1,62 m. Les recherches, longtemps centrées sur le mélange des traditions égyptiennes et gréco-romaines, s’ouvrent à l’étude de l’expérience des visiteurs antiques ; l’identité des commanditaires et la chronologie fine des agrandissements restent inconnues.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Mervat Seif el-Din et Anne-Marie Guimier-Sorbets, « Les deux tombes de Perséphone dans la nécropole de Kom el-Chougafa à Alexandrie », Bulletin de correspondance hellénique 121/1, 1997, Persée ; Laryssa A. Shipley, A Phenomenological Approach to the Kom el-Shuqafa Catacombs, mémoire de master, Cornell University, 2018 ; Alexandria, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités.