Beni Hassan, les roseaux du médecin

Une tablette et son étui à roseaux, posés sur une toile claire à la lumière d’une lampe.
Les roseaux à écrire de la tombe du médecin. Aquarelle interprétative créée avec l’IA. © Visite Égypte.

Avec l'équipe de John Garstang · 1902–1904. Récit adapté du rapport de fouilles.

Les deux chambres supérieures ont été pillées. Plus bas, une énorme pierre a fait croire aux intrus qu'ils avaient atteint le fond. Nous la remontons avec difficulté. À huit mètres sous la surface, une troisième chambre est encore fermée.

Le bateau sur le couvercle

Quelques morceaux de calcaire suffisent à en barrer l'entrée. Ils ont retenu l'essentiel des débris ; une poussière légère voile seulement les couleurs. Sur le couvercle du grand cercueil, la première chose qui attire le regard est un bateau à rames.

Vingt rameurs y travaillent debout. Leurs corps sont peints en rouge sombre, leurs vêtements en blanc ; il reste même par endroits les petites pièces de lin qui les habillaient. Le mât, abaissé faute de place, repose parmi eux. Deux personnages assis au milieu de l'équipage lèvent les mains, comme pour battre la mesure.

Garstang pense aux bateliers qu'il a vus sur le Nil, et surtout à ceux qui conduisent les visiteurs vers Philae. Devant ces petites silhouettes anciennes, il reconnaît un mouvement encore observé pendant ses voyages. Le modèle mesure plus d'un mètre : dans cette chambre étroite, il prend une place considérable.

Derrière les rameurs

Un grenier se tient plus loin, lui aussi posé sur le cercueil. Dans sa cour, les porteurs ont du grain jusqu'aux genoux. L'escalier mène au toit ; un homme y surveille le travail, tablette sur les genoux, roseau à la main. Les portes miniatures peuvent se fermer, et leurs chevilles permettraient de les lier.

Au fond de la chambre, d'autres figures font du pain et de la bière. Un homme porte une jarre, une femme un panier et un oiseau. Sur le sol, un bateau à voile accompagne celui des rameurs. Ce petit monde occupait déjà la chambre avant que nous ayons seulement ouvert le cercueil.

Les inscriptions nous apprennent que le défunt était médecin. Son titre figure dans les formules funéraires. Il faut encore se pencher sur un objet posé derrière la scène de boulangerie pour découvrir ce qui donnera à cette visite son détail le plus familier.

L'encre est encore là

C'est une tablette de bois, lissée par un enduit et de la peinture. Un nécessaire d'écriture repose dessus. Des roseaux dépassent de leur logement ; aux extrémités, les godets conservent les restes des encres rouge et sombre.

La tablette paraît assez lisse pour qu'on ait pu effacer et recommencer. Nous n'y lisons pas les notes du médecin. Rien ne permet d'en faire un recueil de remèdes, et les petits outils trouvés dans un sac voisin appartiennent au travail du bois.

Il reste pourtant cette disposition : les roseaux dans leur boîte, la boîte sur la tablette, le tout déposé près des serviteurs de bois. Nous photographions l'ensemble avant de séparer les pièces.