
Avec l'équipe de John Garstang · 1902–1904. Récit adapté du rapport de fouilles.
Une véranda devant l'entrée, des pièces taillées dans la falaise et le Nil en contrebas : nos quartiers sont installés. Avec l'autorisation du Service des antiquités, nous habiterons une ancienne tombe pendant les deux campagnes de fouilles.
Au-dessus des champs
Depuis le fleuve, les ouvertures alignées dans le calcaire se voient de loin. Les grandes tombes de Beni Hassan occupent une terrasse à mi-hauteur de la falaise. Plus bas, les terres cultivées forment une bande étroite avant le désert. La vallée s'étend devant nous ; il suffit de lever les yeux de son travail pour la retrouver.
Les salles les plus connues appartenaient aux gouverneurs de la province. Leurs peintures montrent des champs, des ateliers, des bateaux, des lutteurs. Nous cherchons les sépultures de ceux qui vivaient dans leur entourage. Sur d'autres sites, les grands personnages ne reposent pas seuls : pourquoi en serait-il autrement ici ?
Quelques ouvertures sont déjà visibles sous la galerie des tombes monumentales. En dégageant les déblais, les ouvriers en font apparaître d'autres. À la fin des deux campagnes, nous en aurons exploré huit cent quatre-vingt-huit. Pour le moment, il faut les situer, les ouvrir et garder la trace de ce que chacune contient.
Mille négatifs sous terre
Une pièce souterraine, accessible par un passage incliné depuis une chambre voisine, nous sert de laboratoire photographique. Mahmoud abd el Gelêl, un jeune Égyptien, y développe plus de mille négatifs. Une partie des images du chantier passe donc par cette petite pièce avant de pouvoir être montrée dans un livre.
La chambre noire est proche des découvertes. On peut photographier l'intérieur d'une sépulture, les objets encore en place, puis chacun séparément. Une barque miniature changera de sens selon qu'on la montre isolée ou posée sur le cercueil où elle a été déposée. Il faut conserver les deux vues.
Notre habitation n'est pas la seule sur la terrasse. Les ouvriers occupent d'autres chambres, un peu plus loin. Plusieurs ont déjà travaillé avec nous sur un autre chantier. Ils connaissent les difficultés d'un puits, le poids d'un bloc, les précautions qu'exige le bois ancien.
Saleh abd El Nebi dirige les hommes. Son adresse dans les imprévus compte autant que sa connaissance de l'équipe ; Garstang la retiendra dans son rapport. Quand un obstacle arrête le chantier, ce sont aussi ses ressources que nous attendons.
La véranda ajoutée à notre entrée donne à cette façade ancienne un air provisoirement domestique. À quelques pas, une chambre sert à dormir ; plus bas, une autre sert à développer des photographies. Dehors, les puits commencent à dessiner une seconde nécropole sous la première.