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L’ère numérique

L’ère numérique

Les inscriptions et les mots égyptiens ont d’abord été reproduits dans des planches, des éditions et des fiches manuscrites. À partir des années 1980, leur saisie informatique permet d’autres recherches et comparaisons. Les images numériques donnent aussi accès à des détails que la photographie ordinaire restitue mal. Les différents outils doivent être distingués pour comprendre ce qu’ils apportent à la lecture.

Date Jalon
1988 Publication du Manuel de codage des textes hiéroglyphiques
2004 Le Thesaurus Linguae Aegyptiae est mis en ligne
2009 Unicode 5.2 intègre 1 071 hiéroglyphes
2019 Unicode ajoute des caractères de mise en page pour composer les cadrats
2024 Unicode 16.0 ajoute 3 995 signes, en bonne partie ptolémaïques

Coder les hiéroglyphes

Avant d’interroger des textes sur ordinateur, il a fallu trouver comment les y écrire. Le Manuel de codage, publié en 1988 par Jan Buurman, Nicolas Grimal, Michael Hainsworth, Jochen Hallof et Dirk van der Plas, propose une convention partagée. Un signe est désigné par son code ou par une valeur de translittération ; des caractères indiquent sa disposition par rapport aux autres.

L’astérisque sert à juxtaposer et les deux-points à superposer. Une graphie du nom de Ptah peut ainsi être saisie p*t:H, avec le siège et le pain placés au-dessus de la mèche de lin. Le code contient donc des indications sur les signes et sur leur composition.

Des logiciels transforment cette saisie en hiéroglyphes disposés sur la page. JSesh, logiciel libre développé par Serge Rosmorduc, est largement employé dans les publications égyptologiques. Il prolonge sur écran le soin apporté à l’organisation visuelle de l’écrit.

Unicode accueille 1 071 hiéroglyphes en 2009, puis des caractères de composition en 2019. En septembre 2024, la version 16.0 ajoute 3 995 signes, notamment du répertoire tardif. Ces ajouts historiques portent l’ensemble à plus de 5 000 signes encodés. Ils donnent une place à ces formes dans un système commun d’échange et d’affichage ; connaître leur code ne dispense pas de connaître leur lecture.

Documents cités : Les bâtisseurs de l’égyptologie · Comment fonctionnent les hiéroglyphes · Les hiéroglyphes ptolémaïques

Les corpus en ligne

Le Thesaurus Linguae Aegyptiae prolonge le dictionnaire de Berlin. Il permet d’examiner les attestations d’un mot dans des textes translittérés, traduits et organisés pour la recherche. Les fiches anciennes trouvent ainsi d’autres lecteurs et peuvent être rapprochées de nouvelles données.

Ressource Institution Contenu
Thesaurus Linguae Aegyptiae (TLA) Académie des sciences de Berlin-Brandebourg et Académie saxonne de Leipzig textes égyptiens translittérés, traduits et lemmatisés ; fiches numérisées du dictionnaire de Berlin
Projet Ramsès Université de Liège grand corpus annoté de textes en néo-égyptien
Trismegistos Université de Louvain (KU Leuven) répertoire des textes, papyrus et lieux de l’Égypte gréco-romaine
Digital Giza Université Harvard archives des fouilles de Gizeh, photographies, plans et modèles 3D
Base Karnak CNRS et ministère égyptien des Antiquités (CFEETK) inscriptions et décors des temples de Karnak

Le projet Ramsès, à Liège, porte sur des textes annotés en néo-égyptien. Trismegistos rassemble des informations sur les documents et les lieux de l’Égypte gréco-romaine. Digital Giza, à Harvard, réunit archives de fouilles, photographies, plans et modèles du plateau de Gizeh. La Base Karnak donne accès aux inscriptions et aux décors du site. Ces ressources répondent à des questions différentes : il faut choisir celle qui documente réellement ce que l’on cherche.

Aquarelle d’un ordinateur portable affichant des signes et des lignes de corpus, avec des livres et des relevés.
Évocation de la consultation actuelle des corpus numériques : textes, traductions et relevés deviennent comparables sur écran.

Voir ce que l’œil ne voit plus

L’image numérique peut aussi améliorer l’observation. Avec la RTI, une surface est photographiée sous de nombreux éclairages. Sur écran, on fait varier la lumière pour examiner un trait très léger ou une incision usée. Ce qui échappait à une photographie unique devient parfois plus lisible.

La photogrammétrie utilise de nombreuses prises de vue pour construire un modèle en trois dimensions d’un objet ou d’une paroi. On peut en examiner la surface sous plusieurs angles et conserver un état documenté du monument. La qualité du modèle dépend des images, de leur traitement et des contrôles effectués sur les mesures.

Les techniques multispectrales et la luminescence peuvent distinguer des traces d’encres ou de pigments difficiles à voir en lumière ordinaire. Le bleu égyptien, par exemple, présente une luminescence infrarouge caractéristique. Ces méthodes agissent sur ce que le support conserve ; elles ne font pas réapparaître une matière entièrement perdue.

Le fac-similé de la tombe de Toutânkhamon, installé en 2014 près de la maison de Howard Carter, utilise aussi ces méthodes de documentation pour présenter les parois. La reproduction donne accès à un état relevé du monument. Elle ne remplace pas toutes les observations que l’on peut faire sur les matériaux de l’original.

Aquarelle d’une chercheuse photographiant un fragment de pierre inscrit avec un appareil et des éclairages orientés.
Évocation de l’étude d’une surface inscrite par photographie et éclairages rasants, principe de l’imagerie RTI.

Ce que le numérique change

Une recherche lexicale peut désormais rapprocher rapidement des attestations conservées dans plusieurs collections. L’étude des graphies profite également des images et des relevés disponibles. Le résultat demande ensuite une interprétation fondée sur la langue et le contexte des documents.

Ces ressources rendent des archives accessibles hors des bibliothèques spécialisées. Le lecteur peut examiner une image, consulter une transcription et retrouver la référence d’une traduction. Leur intérêt est de permettre ce retour aux documents, y compris lorsque l’on ne sait pas encore les lire soi-même.

Vers l’intelligence artificielle

Les images annotées et les textes encodés servent aussi d’exemples aux programmes d’apprentissage automatique. L’article suivant examine les tâches déjà étudiées, les résultats obtenus et les difficultés qui subsistent, notamment pour les écritures cursives.

Documents cités : L’intelligence artificielle

Sources

  • Jan Buurman, Nicolas-Christophe Grimal, Michael Hainsworth, Jochen Hallof et Dirk van der Plas, Inventaire des signes hiéroglyphiques en vue de leur saisie informatique. Manuel de codage des textes hiéroglyphiques en vue de leur saisie sur ordinateur, Paris, De Boccard, Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, n. s. 8, 1988.
  • Unicode Consortium, annonce d’Unicode 16.0, 10 septembre 2024.
  • Thesaurus Linguae Aegyptiae, Académie des sciences de Berlin-Brandebourg.
  • Projet Ramsès, Université de Liège.
  • Digital Giza, Harvard University.
  • Serge Rosmorduc, JSesh, éditeur de hiéroglyphes.

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