Identification et localisation
Le domaine de Mout occupe le sud de Karnak, à distance de l’enceinte principale d’Amon-Rê. Une avenue processionnelle le reliait à cette dernière. Son élément paysager le plus reconnaissable est l’Isherou, lac sacré en forme de fer à cheval qui borde le temple de Mout sur trois côtés. Cette forme n’est pas celle d’un bassin rond ordinaire : elle appartient à un type associé à plusieurs déesses de l’Œil de Rê. Le domaine actuel rassemble des édifices et des limites d’époques différentes. La fiche porte donc sur un ensemble cultuel autonome, et non sur une simple annexe du grand temple d’Amon.
Présentation générale
Mout pouvait être représentée comme protectrice de la royauté et, dans sa théologie solaire, partager avec Sekhmet une puissance à la fois bénéfique et redoutable. Son rôle d’épouse d’Amon et de mère de Khonsou prend davantage de place à partir du règne d’Aménophis III. Le lac, les bâtiments et les voies d’accès ont pu participer aux rites sans que nous puissions reconstruire un calendrier complet des cérémonies. Selon la synthèse de l’ARCE fondée sur les travaux du Brooklyn Museum, les plus anciennes structures conservées remontent à Hatchepsout et Thoutmosis III ; les recherches de Johns Hopkins ont toutefois reconnu des indices d’un sanctuaire antérieur du Moyen Empire. Le premier état visible ne doit donc pas être confondu avec la fondation du culte.
Monuments et vestiges
Le temple principal se trouve à l’intérieur de la courbe de l’Isherou. Le domaine comprend aussi le temple A au nord-est et un temple de Ramsès III au sud-ouest du lac ; ces édifices n’ont pas toujours appartenu à la même enceinte. Avant la XXVe dynastie, le périmètre de Mout comprenait surtout le temple principal et son lac. Le temple A existait déjà mais restait extérieur à cette limite ; il a reçu des interventions de Ramsès II, dont une avant-cour et un pylône. Il a ensuite changé de fonction au cours du temps. Le temple de Ramsès III était également extérieur au premier domaine. Dessiner les trois monuments à l’intérieur d’un mur daté de la XVIIIe dynastie ferait ainsi apparaître une unité qui n’existait pas encore.
Chronologie et phases de construction
La transformation du périmètre est un fait majeur de l’histoire du lieu. Sous Taharqa, à la XXVe dynastie, une nouvelle limite occidentale et une porte intègrent le temple A et la zone au nord du temple de Mout. L’accès processionnel est réorganisé. Le domaine atteint une autre extension au IVe siècle avant notre ère, lorsque sont élevés un propylône et de grandes enceintes englobant également le temple de Ramsès III et le secteur sud de l’Isherou ; l’ARCE attribue cette phase à Nectanébo II ou au début de la période ptolémaïque. Cette chronologie montre qu’un mur d’enceinte ne date pas automatiquement les bâtiments qu’il entoure. Les phases architecturales, les dédicaces et les déplacements de statues doivent être examinés séparément.
Histoire et fonctions
Les statues de Sekhmet constituent un autre dossier de provenance. Beaucoup furent mises en place ou réutilisées dans le secteur de Mout, mais leur nombre et leurs positions actuelles résultent aussi des dépôts anciens, des fouilles et des restaurations. Sous Aménophis III, de nombreuses statues de la déesse furent produites pour des contextes cultuels thébains ; leur présence à Karnak ne prouve pas que chaque exemplaire ait été taillé pour le point où il se trouve aujourd’hui. Le temple A illustre la même prudence : Ramsès II y a placé des œuvres ou des blocs issus de phases antérieures. La titulature d’un roi gravée sur une statue ou une stèle aide à suivre une intervention, mais ne suffit pas toujours à dater le bâtiment voisin. Pour expliquer la fonction du lac et des sanctuaires, il faut croiser archéologie, inscriptions et contexte de trouvaille.
Fouilles et histoire de la recherche
Le site fut cartographié par l’expédition d’Égypte et exploré au XIXe siècle. Margaret Benson et Janet Gourlay dirigèrent les premières fouilles officielles en 1895-1897. À partir de 1976, le Brooklyn Museum mena une exploration systématique de l’ensemble, avec pour objectif de comprendre le développement du domaine et les relations entre ses monuments. Johns Hopkins participa ensuite à l’étude de secteurs complémentaires, notamment autour de l’Isherou et du temple de Ramsès III. La redécouverte d’une porte thoutmoside à l’ouest du lac et l’étude de la porte de Taharqa ont changé la lecture des limites successives. Les opérations de conservation ont aussi permis de dégager et de stabiliser des statues longtemps à demi enfouies. Il faut conserver la date des photographies de terrain pour distinguer une découverte, une remise en place et l’état présenté au visiteur.
État de conservation et questions de recherche
La proximité de l’eau, les variations d’humidité et les sels compliquent la conservation des maçonneries et des sculptures. L’Isherou reste un repère topographique sûr à grande échelle, mais sa rive actuelle ne donne pas à elle seule le tracé de chaque aménagement antique. Les fouilles stratigraphiques doivent préciser la succession des bords, des murs et des sols. La composition visuelle jointe à cette fiche rappelle la forme en fer à cheval du lac et la pluralité des temples ; elle n’est pas un relevé et ne peut attribuer une position précise à une statue. Toute représentation détaillée destinée à la publication doit s’appuyer sur les plans par phase des missions de terrain. Une légende devra indiquer si elle montre l’état de la XVIIIe, de la XXVe dynastie ou une synthèse des vestiges visibles.
Sources principales
Sources principales (consultées le 28 septembre 2026) : ARCE et Brooklyn Museum, « Mut Temple », https://arce.org/project/mut-temple/ ; ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, « Karnak », https://egymonuments.gov.eg/archaeological-sites/karnak/ ; ARCE, présentation des recherches de Betsy Bryan sur Mout, https://arce.org/event/arce-georgia-hatshepsut-and-the-temple-of-mut/.
