Identification et localisation
Le temple d’Amon-Rê se déploie au cœur de l’enceinte principale de Karnak, sur la rive orientale de Thèbes. Cette fiche porte sur ses agrandissements du Nouvel Empire, non sur tous les sanctuaires du site : les domaines de Mout et de Montou, ainsi que les temples de Khonsou et d’Opet, ont leur histoire propre. Le noyau cultuel existait avant la XVIIIe dynastie. Les travaux ultérieurs se sont accumulés autour de lui, parfois en démontant ou en englobant des constructions précédentes. La façade que l’on voit aujourd’hui ne peut donc pas servir de point de départ à une visite imaginaire sous Thoutmosis III. Pour comprendre une phase, il faut situer le bâtiment dans le réseau des portes alors en service.
Présentation générale
L’axe principal du temple se développe approximativement d’est en ouest, tandis qu’un second axe part vers le sud, en direction de Louxor. Ces orientations structurent deux parcours rituels différents. Hatchepsout marque le domaine par son VIIIe pylône, qui forme alors une entrée méridionale, et par des obélisques. Thoutmosis III ajoute notamment le VIIe pylône au nord du précédent. Selon le Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak (CFEETK), ce pylône sépare deux cours et son décor comprend au moins deux campagnes de gravure : l’une liée à Megiddo, après l’an 23 du règne, l’autre à l’expédition contre le Mitanni de l’an 33. Il serait trompeur de traiter ces scènes comme un compte rendu simultané du chantier. Le VIIIe pylône conserve pour sa part des inscriptions liées à la légitimation d’Hatchepsout, dont certaines furent ensuite effacées.
Monuments et vestiges
Les pylônes ne sont pas de simples façades répétées : leur place et leur date modifient les seuils de l’enceinte. Le VIIe pylône ouvre une séquence de cours sur l’axe méridional ; le VIIIe renvoie à un état antérieur de cette entrée. Les obélisques inscrivent la dédicace royale dans le sanctuaire, mais la présence actuelle d’un monolithe ne suffit pas à restituer sa paire et son environnement à toutes les époques. À l’extrémité orientale du grand temple, l’Akh-menou de Thoutmosis III appartient à un autre programme, associé aux cultes divins et royaux. À l’ouest, la grande salle hypostyle comporte 134 colonnes, dont 12 plus hautes dans la nef centrale ; l’essentiel de son bâti et son décor relèvent surtout de Séthi Ier et de Ramsès II. Elle ne doit pas figurer dans une restitution arrêtée au règne de Thoutmosis III.
Chronologie et phases de construction
Une attribution architecturale repose sur plusieurs indices qui ne se recouvrent pas toujours : fondations, joints de maçonnerie, reliefs, cartouches, traces d’effacement et blocs retrouvés hors de leur position initiale. Au VIIe pylône, l’équipe du CFEETK inventorie à la fois les blocs en place et des éléments épars en granite appartenant à la porte monumentale. Le relevé des gravures permet de distinguer les campagnes de décor de l’édification du pylône. Au VIIIe, les textes d’Hatchepsout et leur martelage postérieur documentent l’histoire politique du monument ; le martelage ne date pas, à lui seul, chaque assise du mur. Les remplois apportent un témoignage plus ancien que la structure où ils ont été insérés. Cette stratigraphie explique pourquoi une photographie panoramique rassemble des objets de plusieurs règnes sans constituer l’image d’un moment historique unique.
Histoire et fonctions
Le sanctuaire d’Amon-Rê était un lieu de culte quotidien et de grandes processions, ainsi qu’un espace où les rois affirmaient leur relation au dieu. La voie de sphinx reliant Karnak à Louxor intervenait dans la fête d’Opet ; la circulation liturgique s’étendait donc au-delà de l’enceinte. Sur place, l’agrandissement d’un axe pouvait changer la manière d’entrer, de montrer une inscription ou de franchir une cour. Les inscriptions de campagnes militaires du VIIe pylône associent la mémoire des victoires à l’espace sacré, sans faire du pylône un monument uniquement militaire. La multiplication des fondations royales ne doit pas gommer les activités des prêtres et des équipes d’entretien. Elle ne signifie pas non plus que tous les espaces du complexe étaient librement accessibles aux mêmes personnes.
Fouilles et histoire de la recherche
Le CFEETK associe le ministère égyptien des Antiquités et le CNRS pour documenter les monuments de Karnak. Ses programmes consacrés aux VIIe et VIIIe pylônes combinent photographie, relevé épigraphique et examen des blocs ; ils visent à reconstituer les séquences de décor et les transformations. La conservation moderne peut stabiliser une porte, remonter des éléments ou rendre visibles des niveaux longtemps masqués. Elle ajoute alors une étape à l’histoire matérielle du site. Dans un dossier de recherche, il convient de séparer ce qui est observé en place, ce qui provient de blocs déplacés et ce qui résulte d’une hypothèse de raccord. Un dessin lisible de Karnak devrait porter les phases avec une légende explicite plutôt que colorer d’un seul ton tous les vestiges de la XVIIIe dynastie.
État de conservation et questions de recherche
Les surfaces de pierre sont exposées à l’érosion, aux sels, aux interventions anciennes et à la fréquentation actuelle. L’étude des inscriptions effacées demande une documentation à haute résolution ; une lecture ancienne peut être corrigée par un nouveau relevé. Le VIIe pylône illustre encore l’incertitude sur les étapes exactes de sa construction et sur ses liens avec les structures voisines, expressément signalée par l’équipe de recherche. Pour le VIIIe, la lecture des grands textes politiques dépend aussi de la distinction entre gravure initiale et effacement. Les visuels joints au dossier sont des compositions de repérage, non des relevés métriques. Ils ne peuvent pas dater à eux seuls un mur ni montrer l’état complet du temple à une date donnée. Une restitution destinée à la publication doit être contrôlée contre les plans et archives du CFEETK.
Sources principales
Sources principales (consultées le 28 septembre 2026) : ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, Karnak, https://egymonuments.gov.eg/archaeological-sites/karnak/ ; CFEETK, étude épigraphique du VIIe pylône, https://www.cfeetk.cnrs.fr/accueil/programmes-scientifiques/axe-1-pouvoir-et-marques-de-pouvoir-a-karnak/axe1-theme8/ ; CFEETK, étude épigraphique du VIIIe pylône, https://www.cfeetk.cnrs.fr/accueil/programmes-scientifiques/axe-1-pouvoir-et-marques-de-pouvoir-a-karnak/axe1-theme5/ ; CFEETK, Atlas des obélisques, https://www.cfeetk.cnrs.fr/accueil/programmes-scientifiques/axe-1-pouvoir-et-marques-de-pouvoir-a-karnak/atlas-des-obelisques-karnak/.
