
En quelques mots
Le Bubasteion est le sanctuaire de Bastet à Saqqarah, désigné par un nom grec. Il occupe l’escarpement oriental du plateau, là où une falaise émerge encore des sables. La déesse, d’abord lionne ou femme à tête de lionne, prit ensuite l’aspect d’une chatte ou d’une femme à tête de chatte. Son domaine connut un grand développement à la Basse Époque et surtout à l’époque ptolémaïque, avec une vaste nécropole de chats momifiés. Mais la falaise avait d’abord servi de cimetière aux hauts personnages du Nouvel Empire, dont les tombes furent ensuite transformées en catacombes pour les chats.
Ce que l’on découvre
Le site se présente comme une paroi percée d’entrées de tombes rupestres, dégagées peu à peu du sable. Derrière ces ouvertures, les chambres de la XVIIIe dynastie sont souvent obstruées par une maçonnerie tardive, liée par un mortier rosâtre, élevée quand les tombes furent réemployées. Certaines descendent sur plusieurs niveaux reliés par des puits de 7 à 8 mètres. La roche, faite surtout de marnes et de gypse, est fragile, et il a fallu consolider la tombe d’Aper-El pour pouvoir y progresser.
Les propriétaires de ces tombes étaient presque tous inconnus avant leur découverte, malgré leur rang : le vizir Aper-El, un chancelier d’Amenhotep III nommé Meryrê, un chef des greniers, des échansons royaux, un chef des peintres et la nourrice royale Maïa.
Ce qu’il faut regarder
Dans la première chambre de la tombe de Maïa, un relief montre Toutânkhamon, aux traits très juvéniles et portant les insignes royaux, assis sur les genoux de sa nourrice, elle-même installée sur un siège à dossier. Derrière elle, sur deux registres, six hauts personnages munis d’éventails et d’insignes de commandement saluent le roi. Sous le siège, une chienne couchée lève le museau vers lui. La partie droite de la paroi manque : un puits y fut creusé plus tard, sans doute pour des inhumations de chats. Maïa porte le titre de « nourrice royale », souvent suivi de l’épithète « qui a nourri le corps du dieu ».
Ce seul panneau résume l’histoire du lieu : un décor de cour de la fin de l’époque amarnienne, entaillé par les aménagements d’un culte animal postérieur de plusieurs siècles.
Son histoire
L’égyptologue Alain Zivie s’intéressa au site en 1976 ; les fouilles commencèrent en novembre 1980, et la Mission archéologique française du Bubasteion fut créée en 1986 avec l’appui du ministère des Affaires étrangères. En novembre 1987, elle découvrit la chambre funéraire, pillée mais riche encore, du vizir Aper-El, de sa femme Taouret et de leur fils Houy. La tombe de Maïa apparut dans les déblais à la fin de novembre 1996 ; sa découverte fut annoncée le 7 décembre 1997.
Les chats du Bubasteion ont eux aussi une histoire moderne : dans les dernières décennies du XIXe siècle, leurs momies furent exploitées de façon quasi industrielle et exportées en Europe comme engrais. Plusieurs questions restent ouvertes. La date des dépôts de chats varie selon les auteurs, de la Basse Époque à l’époque romaine. Le sens du titre de nourrice royale, fonction réelle ou honorifique, est discuté, comme l’identité des six dignitaires du relief de Maïa.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Alain Zivie, « La nourrice royale Maïa et ses voisins : cinq tombeaux du Nouvel Empire récemment découverts à Saqqara », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1998, Persée ; Alain-Pierre Zivie, « Recherches et découvertes récentes dans la tombe d’Aperia à Saqqarah », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1989, Persée.