
Identification et localisation
Le Bubasteion, sanctuaire de Bastet (Boubastis en grec), occupe à Saqqarah une partie de l’escarpement oriental du plateau, à proximité de la maison qui abrite la mission française de Saqqarah. Le téménos de la déesse, d’abord lionne ou léontocéphale puis chatte ou femme à tête de chatte, connut un grand développement à la Basse Époque et surtout à l’époque ptolémaïque, en même temps que la nécropole de chats momifiés qui s’y installa. Le secteur appartient à la nécropole de Memphis, dont il éclaire surtout la période du XVe au XIIIe siècle av. J.-C.
Une falaise de hauts dignitaires de la XVIIIe dynastie
La falaise est percée de tombes rupestres du Nouvel Empire, presque toutes au nom de personnages inconnus avant leur découverte. Autour de l’hypogée du vizir Aper-El (ou Aperia), d’Amenhotep III ou d’Amenhotep IV, s’ouvrent celles de Meryrê, chancelier d’Amenhotep III, de Mery-Sekhmet, chef des greniers, de Resh, officier de marine sous Thoutmosis IV et Amenhotep III, et de Nehesy, probablement chancelier d’Hatchepsout. La campagne de 1996 a ajouté cinq tombes : celles de l’échanson Seth, de la fin du règne d’Amenhotep III, datée par une grande stèle ; du premier échanson Penrenout, dont la chambre abrite une statue de vache ou de taureau en très haut relief ; de Nemtymes (lecture discutée), grand intendant de Memphis et directeur du trésor sous Ramsès II ; d’un chef des peintres d’Amenhotep III ; et de la nourrice royale Maïa, contemporaine de Toutânkhamon.
La tombe d’Aper-El descend sur quatre niveaux reliés par des puits de 7 à 8 mètres. Sa chambre funéraire, encore murée, portait dans le mortier les empreintes répétées du sceau au chacal couché sur neuf prisonniers, connu à Thèbes mais jusque-là inédit à Memphis. Elle abritait au moins trois défunts : Aper-El, une dame Taouret, peut-être son épouse, et leur fils Houy, général de la charrerie. La tombe de Nemtymes, semi-rupestre, associe une chapelle bâtie en calcaire de Toura, à quatre piliers, et une partie creusée dans la roche.
Des tombes devenues catacombes de chats
Les puits et les chambres de ces tombes furent réutilisés et mis en communication pour recevoir des momies de chats, derrière d’épaisses maçonneries liées au mortier rosâtre. Leur datation varie selon les auteurs : à partir de la Basse Époque et en tout cas à l’époque ptolémaïque pour Alain Zivie, à l’époque romaine pour Françoise Dunand et Roger Lichtenberg. Ces derniers rappellent que des momies de chats d’apparence complète se révèlent parfois, à la radiographie, faites de quelques os enveloppés de tissus. Les chats ont été étudiés du point de vue archéozoologique par Léonard Ginsburg, du Muséum national d’histoire naturelle. À la fin du XIXe siècle, ces dépôts furent exploités comme engrais et exportés en Europe.
Une mission française depuis 1980
Alain Zivie repère le site en 1976 dans le cadre de la Mission archéologique française de Saqqarah dirigée par Jean Leclant. La fouille commence en novembre 1980 ; la Mission archéologique française du Bubasteion est créée en 1986, avec le soutien du ministère des Affaires étrangères et des liens avec le CNRS. La chambre funéraire d’Aper-El est découverte en novembre 1987 et fouillée à partir de l’automne 1988. La tombe de Maïa apparaît fin novembre 1996 ; sa découverte est annoncée le 7 décembre 1997.
Une roche fragile et des interprétations en débat
La conservation est difficile : une maison de repos du Service des antiquités, construite sur la falaise dans les années 1930–1940, a provoqué d’importantes infiltrations d’eau dans une roche de marnes et de gypse ; incendies anciens et effondrements ont rendu certains passages impraticables. Avec l’aide du chantier du métro du Caire, un puits a été refait en béton armé et le troisième niveau de la tombe d’Aper-El protégé par une voûte. Les débats portent sur la distinction entre tombes construites et tombes rupestres, puisque des blocs de calcaire de Toura attribués aux tombes du sud de la chaussée d’Ounas pourraient venir de la falaise ; sur la fonction réelle ou honorifique de « nourrice royale » ; et sur l’hypothèse d’une enfance memphite de Toutânkhamon.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Alain-Pierre Zivie, « Recherches et découvertes récentes dans la tombe d’Aperia à Saqqarah », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1989, Persée ; Alain Zivie, « La nourrice royale Maïa et ses voisins : cinq tombeaux du Nouvel Empire récemment découverts à Saqqara », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1998, Persée ; Françoise Dunand, Roger Lichtenberg, « Des chiens momifiés à El-Deir. Oasis de Kharga », BIFAO 105, 2005, Institut français d’archéologie orientale.