
En quelques mots
Tell el-Herr se trouve dans le nord du Sinaï, à 35 kilomètres à l’est du canal de Suez, près du village actuel de Gilbana. Le site occupe une position clé, entre le littoral méditerranéen, l’ancienne branche pélusiaque du Nil et la route terrestre qui reliait l’Égypte à la Palestine, les « Chemins d’Horus ». C’est avant tout un poste-frontière, un migdol, édifié dans la première moitié du Ve siècle av. J.-C., sous la domination perse. À l’époque romaine, le lieu portait le nom de Magdolum.
Ce que l’on découvre
Des carottages menés en 1995 ont montré que les premières constructions du tell reposent sur une butte sableuse naturelle. Au-dessus se superposent plusieurs forteresses de brique crue, en grande partie détruites par les occupations militaires récentes. La première, à redans, formait un quadrilatère d’environ 140 mètres de côté. La seconde, construite dans les dernières décennies du Ve siècle av. J.-C. et plusieurs fois réparée au IVe siècle, atteignait 200 mètres de côté. À l’intérieur, des rues régulières desservaient des îlots d’habitations, des espaces de culte et des bâtiments massifs ; dans l’angle nord-ouest s’élevait un édifice de type palatial, avec cour à portiques et longue salle d’apparat, d’allure proche-orientale.
La forteresse n’abritait pas seulement des soldats. Des celliers pouvaient contenir des dizaines d’amphores à vin et à huile, et le mobilier (bijoux, amulettes, figurines, armes, céramiques) mêle traditions grecque, phénicienne, perse, égyptienne et chypriote. Le site avait une double vocation, militaire et commerciale.
Ce qu’il faut regarder
Un détail distingue Tell el-Herr : la seconde forteresse est entièrement bâtie en briques crues de forme cylindrique, un module qui permet aux fouilleurs de la distinguer de l’enceinte plus ancienne qu’elle recouvre.
L’autre découverte remarquable date de 2010. Au dégagement de l’entrée principale de la forteresse perse, à l’est du tell, est apparue une construction souterraine circulaire en brique crue, couverte d’une coupole et desservie par une longue rampe d’escaliers de 5 mètres de haut. Contemporaine de la fondation du poste, elle évoque fortement les tholoi de type macédonien ; elle semble avoir été pillée lorsque la seconde enceinte vint la recouvrir en partie.
Son histoire
Jean Clédat y fouillait déjà au début du XXe siècle. Les recherches modernes commencèrent en 1986, dans le cadre d’un programme de développement agricole du Nord-Sinaï lié au creusement du canal de la Paix, sous la direction de Dominique Valbelle et de Mohamed Abd el-Maksoud. Après la période perse, le site accueillit à l’époque ptolémaïque une nécropole, un bain et une agglomération d’une quinzaine d’hectares au pied du tell, puis, après un long abandon, un camp romain du Bas-Empire à son sommet. Depuis 2011, l’insécurité dans le nord du Sinaï a interrompu les travaux de terrain ; la mission étudie désormais le mobilier conservé à Sân el-Hagar. La nature exacte de la garnison perse et la fonction de l’édifice souterrain restent à préciser.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Tell el-Herr, un poste-frontière d’époque perse au Nord-Sinaï, Institut français d’archéologie orientale ; Dominique Valbelle, « Les garnisons de Migdol (Tell el-Herr) de l’époque achéménide au Bas-Empire : état de la question en 1998 », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1998, Persée.