
Identification et localisation
Tell el-Herr se trouve dans le nord du Sinaï, à 35 kilomètres à l’est du canal de Suez, près du village de Gilbana, dans la basse région pélusiaque, non loin de l’antique Péluse. Le site commandait à la fois le cordon littoral méditerranéen, la branche pélusiaque du Nil et la route terrestre vers la Palestine, les « Chemins d’Horus ». Son identification avec Magdolum à l’époque romaine est tenue pour certaine ; le toponyme Migdol vaut dès lors pour les garnisons antérieures établies au même endroit depuis l’époque perse.
Un maillon de la frontière orientale
Dès les débuts de son histoire, la frontière orientale du Delta fut protégée par un réseau de fortins, d’abord près de l’actuelle Qantara (Tell Héboua, Tell el-Borg), puis plus à l’est, vers Péluse, le long des lagunes saumâtres du littoral. Au Ier millénaire av. J.-C. se succédèrent ainsi les garnisons de Tell el-Ghaba, de Kédoua (T. 21) et de Tell el-Herr, fondée dans la première moitié du Ve siècle av. J.-C., sous la XXVIIe dynastie achéménide.
Stratigraphie des forteresses perses
Des carottages réalisés en 1995 ont montré que les premières constructions reposent sur une éminence sableuse naturelle. La première enceinte, à redans, quadrilatère d’environ 140 mètres de côté, remonte probablement au début du Ve siècle av. J.-C. ; elle fut arasée dans le courant du même siècle. Seul son pourtour oriental a été partiellement dégagé, avec des habitations, des sanctuaires de plan atypique (niches axiales, autel central) et des celliers à amphores de vin et d’huile. La seconde forteresse, élevée dans les dernières décennies du Ve siècle et plusieurs fois réparée au IVe siècle, mesure 200 mètres de côté et est entièrement bâtie en briques crues cylindriques. Elle renfermait des îlots d’habitations desservis par un réseau régulier de rues, des espaces cultuels, de grands bâtiments sur plateforme cellulaire, religieux ou administratifs, et, dans l’angle nord-ouest, un édifice palatial d’allure proche-orientale : cour à portiques, longue salle d’apparat, annexes et magasins.
En 2010, le dégagement de l’entrée principale, à l’est, a livré une construction hypogée circulaire en brique crue, sous coupole, accessible par une rampe d’escaliers de 5 mètres de haut. Datée du deuxième quart du Ve siècle, contemporaine de la fondation, elle rappelle les tholoi macédoniennes ; elle paraît avoir été pillée lors de la construction de la seconde enceinte, qui la scellait en partie.
Après les Perses
À l’époque ptolémaïque se développèrent en contrebas du tell une nécropole, un bain et une agglomération d’une quinzaine d’hectares. Après un long abandon, un camp romain de la fin du IIIe siècle apr. J.-C. fut établi au sommet. Le mobilier (bijoux, amulettes, outillage lithique, coroplathie, armes, céramiques grecques, phéniciennes, perses, égyptiennes et chypriotes) témoigne d’échanges denses avec la Méditerranée orientale.
De Jean Clédat à la mission franco-égyptienne
Les fouilles de Jean Clédat à Tell el-Herr furent signalées à l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1905 par Charles Clermont-Ganneau, à propos de la découverte d’un quart de sicle juif. La mission franco-égyptienne débuta en 1986, dans le cadre du North Sinai Agricultural Development Project lié au canal de la Paix, sous la coresponsabilité de Dominique Valbelle et de Mohamed Abd el-Maksoud, en coopération entre l’université Lille III et le Conseil supérieur des Antiquités égyptiennes ; elle s’étendit en 1992 à la basse région pélusiaque, sous l’égide de l’UNESCO. En 1998, quatorze campagnes avaient été menées. Interrompu en 2011 par l’insécurité, le terrain a laissé place depuis 2016 à l’étude du mobilier, conservé dans les magasins de Sân el-Hagar. La mission, dirigée par Catherine Defernez (CNRS, UMR 8167) et Nathalie Favry (Sorbonne Université), publie ses rapports dans le Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger et prépare la publication des niveaux de la fin du Ve et du IVe siècle av. J.-C.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Tell el-Herr, un poste-frontière d’époque perse au Nord-Sinaï, Institut français d’archéologie orientale ; Dominique Valbelle, « Les garnisons de Migdol (Tell el-Herr) de l’époque achéménide au Bas-Empire : état de la question en 1998 », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1998, Persée ; Charles Clermont-Ganneau, « Fouilles de M. Clédat à Tell el-Herr (Égypte), découverte d’un quart de sicle juif », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1905, Persée.