Sérabit el-Khadim, sanctuaire d’Hathor et mines

Illustration du site Sérabit el-Khadim, sanctuaire d’Hathor et mines
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

Sérabit el-Khadim est un plateau désertique du sud-ouest du Sinaï où les expéditions égyptiennes venaient chercher la turquoise et, dans la région, le cuivre. L’exploitation des mines du Sinaï, lancée au moins sous la Ire dynastie, s’interrompit pendant la Première Période intermédiaire et reprit au Moyen Empire. Sur le plateau, un sanctuaire d’Hathor, « maîtresse de la turquoise », accompagna ces expéditions. Ses premiers aménagements ne sont sans doute pas antérieurs à Sésostris Ier ; il atteignit sa maturité sous Amenemhat II, fut agrandi sous Amenemhat III et resta fréquenté au Nouvel Empire. Aucune inscription royale postérieure au Nouvel Empire n’y est connue.

Ce que l’on découvre

Le temple ne ressemble pas aux sanctuaires de la vallée du Nil. À l’est de l’ensemble s’ouvrent des spéos, chapelles creusées dans le rocher, consacrés à Hathor et à Ptah ; la plus ancienne chambre rupestre date de la XIIe dynastie et fut agrandie sous Hatchepsout et Thoutmosis III. Au nord, la « chapelle des rois » associait la déesse au culte de la royauté. Un sanctuaire de Sopdou, dieu des déserts orientaux, fut ajouté au Nouvel Empire. Le site a livré des stèles royales et privées et des milliers d’offrandes votives.

Au sud et au sud-ouest du temple s’étendent les mines de turquoise, numérotées de I à XII puis XV par les archéologues. Les Égyptiens suivaient le lit des ouadis pour atteindre les couches intéressantes, puis grattaient la paroi en suivant les filons, jusqu’à creuser de véritables salles. L’ensemble des mines VII et VIII fut le plus intensément exploité, comme l’indique l’importance des haldes de déblais qui l’entourent.

Ce qu’il faut regarder

Devant l’entrée principale de la mine VIII, sur la rive ouest du ouadi Khesif al-Soghaïr, une stèle rupestre au nom d’Amenemhat II a été redocumentée en 2009 par la mission de l’IFAO et de l’université Paris-Sorbonne. Sa date, en partie perdue, se situe entre l’an 26 et l’an 29 du règne ; elle nomme Snéfrou, fils de Meket, « prince auprès de la chapelle de Geb ». Pour Pierre Tallet, ce titre rare pourrait désigner l’édifice que les archéologues appellent « chapelle des rois » : Geb, dieu de la terre et détenteur des richesses minérales, y aurait reçu un culte lié à la légitimité royale.

Un second objet, conservé au British Museum, résume le site. Ce petit sphinx de grès rougeâtre local, long de 23 centimètres et daté vers 1800 av. J.-C., porte sur l’épaule droite l’inscription hiéroglyphique « aimé d’Hathor, maîtresse de la turquoise », et sur l’épaule gauche et la base des signes proto-sinaïtiques, où se lit le nom de la déesse sémitique Baalat. Selon le musée, ces inscriptions furent probablement tracées par des Asiatiques travaillant au Sinaï aux côtés des Égyptiens.

Son histoire

Flinders Petrie fouilla le temple en 1904–1905 pour l’Egypt Exploration Fund ; les objets recueillis furent dispersés entre plusieurs collections, dont celles du British Museum et de l’University College de Londres. Les inscriptions du plateau furent ensuite réunies dans le corpus des Inscriptions of Sinai. De 1993 à 1995, une mission franco-suisse des universités de Lille III et de Genève reprit l’étude du temple, à la demande des autorités égyptiennes, pour mieux présenter les ruines et protéger des blocs décorés abîmés par le passage des visiteurs.

Plusieurs questions restent ouvertes : la lecture exacte des signes proto-sinaïtiques, souvent considérés comme l’une des premières formes d’écriture alphabétique, la datation de chaque inscription et la répartition des mines entre les règnes.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Pierre Tallet, « Amenemhat II et la chapelle des rois. À propos d’une stèle rupestre redécouverte à Sérabit al-Khadim », BIFAO 109, 2010, Institut français d’archéologie orientale ; Sphinx de Sérabit el-Khadim (EA41748), British Museum ; Serabit el-Khadim, Sinai, Griffith Institute.