Oasis de Dakhla, tombes et établissements romains

Illustration du site Oasis de Dakhla, tombes et établissements romains
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

L’oasis de Dakhla, dans le désert occidental, n’a pas une seule « ville romaine » mais une constellation de villages, de temples et de nécropoles occupés sous l’Empire. Deux ensembles permettent de saisir ce paysage : la nécropole monumentale d’Ezbet Bashendi, à la lisière nord du village actuel du même nom, et Amheida, l’antique Trimithis, dans le nord-ouest de l’oasis. Plus à l’est, Ismant el-Kharab, l’antique Kellis, complète le tableau. Chaque site possède sa propre chronologie, qu’il faut se garder de fondre en une histoire unique.

Ce que l’on découvre

À Ezbet Bashendi, six tombeaux de pierre ont été dégagés à ce jour. Quatre d’entre eux alignent leurs façades sur une même ligne est-ouest, tournées vers le nord, et forment une rangée d’une quarantaine de mètres, précédée de petites cours comme le long d’une voie processionnelle. Le plus connu, celui de Kitynos, reprend le plan d’un petit temple funéraire d’environ 8 mètres de côté ; son architecture et son décor sont de style pharaonique, et l’épigraphie le place au Ier ou au IIe siècle apr. J.-C. Sur un autre tombeau s’élève aujourd’hui la coupole de brique crue qui abrite la sépulture du cheikh Bashendi, saint du village, construite à l’époque ottomane par-dessus le monument antique.

À Amheida, deux silhouettes se détachent d’abord : une pyramide de brique crue et un tombeau en forme de tour, tous deux d’époque romaine et consolidés par la mission. Près de l’entrée du site, une maison du IVe siècle a été reconstruite grandeur nature, avec des copies de ses peintures, pour servir de futur centre d’accueil.

Ce qu’il faut regarder

À Ezbet Bashendi, le détail décisif est une rupture de style à l’intérieur d’une même rangée. Les deux premiers tombeaux, à toit plat, relèvent de la tradition égyptienne. Les trois suivants, presque identiques, adoptent un vocabulaire classique : pilastres à bases attiques, niche principale en abside encadrée de colonnettes à chapiteaux dérivés du corinthien, et surtout une coupole de pierre posée sur pendentifs, qui culmine à 5,35 mètres au-dessus d’une salle d’environ 5,50 mètres de côté. Ses claveaux sont taillés pour s’emboîter les uns dans les autres. Selon Sayed Yamani, qui a publié l’ensemble, aucun autre tombeau romain à coupole de pierre n’était alors connu en Égypte.

À Amheida, il faut regarder les murs de la maison attribuée à un conseiller municipal nommé Serenos. Ses peintures, datées du deuxième quart du IVe siècle, mêlent motifs géométriques et scènes mythologiques grecques, comme Persée et Andromède, ainsi qu’un banquet accompagné d’un joueur d’aulos double. Trop fragiles, les originaux ont été réensevelis après documentation ; ce que l’on voit sur place est une restitution.

Son histoire

Le tombeau de Kitynos, mis au jour par Ahmed Fakhry, a été nettoyé par le Dakhleh Oasis Project d’Anthony Mills puis ouvert à la visite. En 1985, l’inspectorat des antiquités de Dakhla a dégagé la nécropole, recouverte de plus de trois mètres de sable et en partie de maisons modernes, et les monuments ont été relevés en décembre 2000 avec l’IFAO. À Amheida, la salle peinte, repérée dès 1979, a été fouillée à partir de 2004 dans le cadre d’une mission lancée en 2001 par l’université Columbia et portée depuis 2008 par l’université de New York.

Beaucoup reste incertain. Aucune sépulture en place ni aucun objet ne date directement les tombeaux d’Ezbet Bashendi : leur chronologie est relative, fondée sur l’appui d’un monument contre l’autre, et les tombeaux à coupole ne seraient pas postérieurs à la fin du IIe siècle. Le nom de leurs propriétaires est perdu, et l’on ignore si leur niche principale abritait une statue ou une peinture.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Sayed Yamani, « Roman monumental tombs in Ezbet Bashendi », BIFAO 101, 2001, Institut français d’archéologie orientale ; Excavations at Amheida, Institute for the Study of the Ancient World, New York University ; Dorothea Schulz, « Colours in the oasis: the Villa of Serenos », Egyptian Archaeology 46, 2015.