Oasis de Dakhla, tombes et établissements romains : fiche complète

Planche interprétative consacrée à Oasis de Dakhla, tombes et établissements romains
Composition interprétative non métrique ; les positions et proportions ne constituent pas un relevé de fouille.

Identification et localisation

L’oasis de Dakhla, dans le désert occidental égyptien, conserve de nombreux établissements et nécropoles d’époque romaine. Cette fiche en retient trois : la nécropole monumentale d’Ezbet Bashendi, à la lisière nord du village moderne ; Amheida, l’antique Trimithis, dans le nord-ouest de l’oasis ; Ismant el-Kharab, l’antique Kellis. Ces sites n’ont ni la même chronologie ni la même fonction, et leur rapprochement relève d’une commodité de présentation.

Ezbet Bashendi, une rangée de mausolées

La nécropole compte, dans l’état actuel du dégagement, six tombeaux de pierre. Le tombeau de Kitynos (tombe 1) reprend le plan d’un petit temple funéraire de 8,25 × 8,45 m, ouvert à l’est, avec antichambre, chapelle axiale et pièces latérales ; architecture et décor sont de style pharaonique, et J. Osing l’a daté par la paléographie du Ier ou du IIe siècle apr. J.-C. La tombe 2 (8,50 × 6,68 m), adossée à la première, conservait sous son sol deux sarcophages anthropoïdes en calcaire, signe d’une sépulture familiale. Les tombes 3, 4 et 5, de dimensions presque identiques (environ 7,5 m de côté), forment un groupe de style classique : pilastres à bases attiques, niche principale de 2,20 m de large couverte d’une abside, et coupole de pierre sur pendentifs haute de 5,35 m, aux claveaux à joints emboîtés. Dans la tombe 3, deux fosses de dalles de grès, prévues dès la construction pour des cercueils de bois, s’ouvrent sous les petites niches latérales. La tombe 4 porte la qubba ottomane du cheikh Bashendi, qui s’élève six mètres au-dessus de la coupole antique. La tombe 6, isolée et désaxée de 45°, n’est connue que par ses fondations.

La chronologie repose sur les appuis successifs des maçonneries : tombe 1, tombe 2, puis tombes 3 à 5, que Sayed Yamani juge antérieures à la fin du IIe siècle. Les tombes à coupole seraient, selon lui, sans équivalent documenté pour l’époque romaine en Égypte.

Trimithis, une ville de trois millénaires

Amheida livre des vestiges couvrant près de trois millénaires. Les fouilles se sont concentrées sur quatre secteurs : une maison aristocratique du IVe siècle à peintures murales, une école attenante et des thermes romains sous-jacents ; une maison plus modeste du IIIe siècle ; la colline du temple, avec les restes d’un temple de Thot construit au Ier siècle apr. J.-C. ; une église funéraire du IVe siècle. La maison, attribuée par des ostraca à un conseiller nommé Serenos, fut agrandie à plusieurs reprises puis abandonnée à la fin du IVe siècle ; ses peintures, du deuxième quart de ce siècle, figurent des sujets de la mythologie grecque. Une pyramide de brique crue et un tombeau-tour d’époque romaine ont été consolidés.

Kellis et ses archives

À Ismant el-Kharab, la maison 3, dégagée en janvier et février 1991, a livré des documents du IVe siècle en grec, en copte et en syriaque, dont deux codex formés de tablettes de bois portant des hymnes et des psaumes manichéens. Ces textes éclairent la vie d’une communauté manichéenne de l’oasis et les techniques de traduction de ses écrits.

Missions et publications

Le Dakhleh Oasis Project, dirigé par Anthony J. Mills, a nettoyé le tombeau de Kitynos, découvert par Ahmed Fakhry, projet dont relèvent aussi les fouilles de Kellis, conduites par Colin Hope. L’inspectorat des antiquités de Dakhla a fouillé Ezbet Bashendi en 1985, sous la responsabilité de Sayed Yamani ; les relevés de décembre 2000 ont associé Georges Soukiassian (IFAO). À Amheida, la mission ouverte en 2001 par l’université Columbia est portée depuis 2008 par l’Institute for the Study of the Ancient World (université de New York) ; dirigée par Roger Bagnall et Paola Davoli jusqu’en 2022, elle l’est depuis par David M. Ratzan et Nicola Aravecchia. L’American Research Center in Egypt a financé l’abri des blocs décorés du temple.

Ce que les fouilles laissent ouvert

À Ezbet Bashendi, l’absence de sépultures en place et d’inscriptions interdit une datation absolue ; le contenu des niches (statue ou peinture) reste hypothétique, et le sol de la tombe 4, toujours sacré, n’a pas été fouillé. À Amheida, le temple de Thot, détruit, n’est plus connu que par des vestiges et des blocs décorés, désormais abrités sur place. L’ensemble interdit de réduire l’oasis à un « village romain typique ».

Sources principales

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Sayed Yamani, « Roman monumental tombs in Ezbet Bashendi », BIFAO 101, 2001, Institut français d’archéologie orientale ; Excavations at Amheida, Institute for the Study of the Ancient World, New York University ; Aloïs van Tongerloo, « Coptic Manichean texts », Encyclopædia Iranica.

← Revenir à la découverte