
Identification et localisation
Tanis, l’égyptien Djanet, correspond au Tell Sân el-Hagar, dans le nord-est du Delta, à environ 120 kilomètres au nord-est du Caire. La ville s’élevait sur la branche pélusiaque du Nil, à une vingtaine de kilomètres de Pi-Ramsès (Qantir). L’agglomération antique dépassait 200 hectares ; les domaines sacrés en occupent la partie nord.
Une capitale née de l’abandon de Pi-Ramsès
Tanis fut fondée vers le XIe siècle av. J.-C., à la charnière du Nouvel Empire et de la Troisième Période intermédiaire. Elle fut le foyer des XXIe et XXIIIe dynasties, le lieu de sépulture des souverains des XXIe et XXIIe dynasties et l’une des principales capitales de l’Égypte entre le XIe et le VIIe siècle av. J.-C. Sa création suit la modification du régime de la branche pélusiaque, qui entraîna l’abandon de Pi-Ramsès : les édifices ramessides désertés fournirent une source proche de blocs, de statues et d’obélisques pour les sanctuaires de la nouvelle capitale. Les monuments au nom de Ramsès II trouvés à Tanis relèvent de ce remploi.
Le téménos d’Amon et les sanctuaires de la triade
Un vaste téménos, entouré d’un énorme mur de briques crues dont certaines portent l’estampille au cartouche de Psousennès Ier, enfermait le temple d’Amon. Les sanctuaires d’Amon, de Mout et de Khonsou reproduisaient l’organisation de Karnak, tandis qu’un temple d’Amon d’Opé, miroir de celui de Louxor, occupait l’extrémité sud de la ville. Le temple de Mout, au sud du domaine d’Amon, est daté de la Troisième Période intermédiaire par des dépôts de fondation au nom de Siamon trouvés à sa porte. Sous la XXXe dynastie, le temple d’Amon fut remanié : une colonnade, probablement ajoutée à la cour, remployait des colonnes de l’Ancien Empire ; l’enceinte de calcaire fut restaurée, comme l’atteste un dépôt de fondation de Nectanébo Ier ; le temple de Khonsou fut entièrement reconstruit et un lac sacré creusé à proximité, avec des murs de soutènement en blocs de remploi. Le culte d’Horus de Mésen, principale divinité du Delta oriental, reçut un temple sous les premiers Ptolémées.
Depuis l’Antiquité tardive, le calcaire a en grande partie disparu dans les fours à chaux. Les éléments de pierre dure (granit, quartzite), obélisques, colosses, colonnes et stèles, sont les vestiges les plus visibles et donnent une image faussée d’une architecture tout en pierre dure.
Les caveaux royaux au pied du premier pylône
En 1939 et 1940, la mission de Pierre Montet dégagea dans l’enceinte du grand temple, au sud-ouest du premier pylône, cinq tombes : celle d’Osorkon II, une tombe anonyme, celles de Psousennès Ier, d’Aménémopé et de Chéchonq III, liste que Montet publia dès 1945 dans les Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. La tombe d’Osorkon II, atteinte le 27 février 1939, avait été pillée ; elle abritait aussi les sépultures de Takélot Ier et du prince Hornakht. Le tombeau de Psousennès Ier, en revanche, était inviolé : le roi y reposait dans une cuve de granit rose usurpée, portant le nom de Mérenptah, avec un cercueil d’argent et un masque d’or aujourd’hui au Musée égyptien du Caire. Le même tombeau renfermait l’inhumation de Chéchonq II, placée dans deux cercueils momiformes à tête de faucon, sans parallèle connu. Le caveau de Chéchonq III est richement décoré d’extraits du Livre de l’Au-delà. Les travaux, poursuivis jusqu’en 1946, mirent au jour plus d’une quinzaine de sépultures royales et princières.
Deux siècles d’exploration à Sân el-Hagar
Visitée par l’Expédition d’Égypte en 1798, Tanis fut dégagée par Auguste Mariette en 1860–1864 (premier dégagement majeur du temple d’Amon), puis fouillée par William Flinders Petrie en 1884. Pierre Montet y dirigea une mission française de 1929 à 1956. La Mission française des fouilles de Tanis, fondée en 1964 par Jean Yoyotte et rattachée à l’EPHE en 1966, a été dirigée par François Leclère (2014–2023), puis par Frédéric Payraudeau depuis 2024, en partenariat avec le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, l’IFAO, le CNRS et le Louvre.
Remplois, attributions et chantiers ouverts
La mission étudie l’organisation spatiale et l’évolution du tissu urbain, les inscriptions royales, les tombes et la porte monumentale de Chéchonq III ; des prospections magnétiques complètent les fouilles, et le programme ANTa numérise les archives de Montet. L’attribution des sépultures reste ouverte : lors d’une campagne récente de la mission, annoncée par l’EPHE, 225 ouchebtis de faïence au nom de Chéchonq III ont été retrouvés en place, dans une salle de la tombe d’Osorkon II, près d’un sarcophage anonyme de granit rose, ce qui désigne ce roi comme propriétaire de ce sarcophage.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Tanis (Tell Sân el-Hagar), Institut français d’archéologie orientale ; Christiane Zivie-Coche, « Late Period Temples », UCLA Encyclopedia of Egyptology, 2008 ; Mission française des fouilles de Tanis, École pratique des hautes études.