
Identification et localisation
Alexandrie se trouve sur la côte méditerranéenne de l’Égypte, à la marge occidentale du Delta, entre la mer et le lac Maréotis. Fondée par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C., elle fut la capitale des Ptolémées puis l’une des grandes métropoles de l’Empire romain. Jean-Yves Empereur situe en janvier 331 av. J.-C. l’installation des compagnons d’Alexandre sur le substrat naturel, que les fouilles n’atteignent aujourd’hui qu’après une douzaine de mètres de niveaux superposés.
Une ville ensevelie sous elle-même
La ville antique n’est presque nulle part conservée en élévation. Son plan orthogonal, dont l’orientation dérive de l’axe de l’Heptastade, la digue reliant l’île de Pharos au continent, et de la voie canopique qui lui est perpendiculaire, organisait quartiers royaux, sanctuaires, habitations et ports, avec des nécropoles à la périphérie. Cette stratigraphie épaisse explique la rareté des vestiges hellénistiques accessibles. Empereur souligne pourtant que, contrairement à ce que laissaient croire plus d’un siècle de fouilles, des vestiges de la ville macédonienne subsistent encore sous la ville moderne.
Le Bruchéion et les fouilles de sauvetage urbain
Les fouilles de sauvetage urbain du Centre d’études alexandrines (CEAlex, alors unité mixte de service 1812 du CNRS) ont commencé en 1992. En 2002, une vingtaine d’opérations avaient été menées, en mer comme sur la terre ferme. Il s’agit le plus souvent d’interventions d’urgence lors de la démolition d’un immeuble vétuste destiné à être remplacé par une tour, qui laissent aux archéologues quelques semaines ou quelques mois pour sonder le sous-sol.
Le quartier du Bruchéion, voisin des palais royaux, en offre un exemple. Entre 1994 et 1997, le CEAlex y a conduit plusieurs fouilles de sauvetage, désignées d’après les occupants modernes des parcelles : le Cricket Ground, le jardin du consulat britannique, le théâtre Diana et le cinéma Radio. Elles ont révélé des habitats remontant aux tout débuts de l’urbanisation d’Alexandrie ; au théâtre Diana, l’occupation se suit jusqu’au XIe siècle. L’étude de la céramique fine, des anses d’amphores timbrées, des objets en os et en ivoire et des monnaies de bronze est en cours de publication.
Le quartier royal sous les eaux du port Est
Une partie du quartier royal ptolémaïque se trouve aujourd’hui sous la mer, dans le port Est, qui s’étend de Ras el-Silsila à l’est jusqu’à la citadelle de Qaitbay à l’ouest. Selon le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, la zone couvre environ 600 hectares, par 2 à 8 mètres de fond, et conserva un rôle administratif aux époques romaine et byzantine. L’exploration moderne commença en 1961 avec le plongeur Kamel Abou el-Saadat ; en 1992, l’Institut européen d’archéologie sous-marine (IEASM), dirigé par Franck Goddio, en dressa un relevé topographique. Les équipes y ont identifié l’île d’Antirhodos, la presqu’île du Timonium, des jetées de pierre et des vestiges qu’elles attribuent à un palais, à un théâtre et à un temple de Poséidon.
Lire la ville par fragments
Quelques ensembles restent visibles à terre, comme Kôm el-Dikka, la colline du Sérapéum avec la colonne de Dioclétien, dite de Pompée, et les catacombes de Kôm el-Chougafa. Les recherches portent sur la topographie antique, le tracé du rivage, la publication des nombreuses fouilles de sauvetage et la localisation des grands monuments connus par les textes, dont les restitutions restent en partie hypothétiques.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Jean-Yves Empereur, « Du nouveau sur la topographie d’Alexandrie », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 2002 (Persée) ; Le quartier du Bruchéion, Centre d’études alexandrines ; Eastern Harbor, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités.