Jean Leclant naît à Paris en 1920. Ses études à l’École normale supérieure se déroulent pendant la Seconde Guerre mondiale, puis il obtient l’agrégation en 1945. La géographie et l’histoire lui offrent d’abord une façon de regarder les sociétés dans leur territoire. Il se tourne ensuite vers l’Égypte ancienne, ses langues et ses monuments. Entre 1946 et 1948, il travaille auprès du CNRS et des musées nationaux, notamment au département égyptien du Louvre. Cette période lui apprend à confronter les objets conservés en collection aux textes, aux photographies et aux relevés qui donnent sens à leur provenance.
De 1948 à 1952, il devient membre de l’Institut français d’archéologie orientale au Caire. Le terrain égyptien élargit son horizon de chercheur : un texte inscrit sur une paroi exige de lire les signes, mais aussi d’observer le bâtiment, les reprises et le paysage. Leclant s’intéresse en particulier à l’histoire religieuse et à l’Égypte de la XXVe dynastie, marquée par les souverains venus de Kouch. Il ne limite pas cette histoire aux frontières politiques de l’Égypte moderne. Les circulations dans la vallée du Nil l’amènent vers la Nubie, le Soudan et l’Éthiopie.
En 1952, il est chargé de contribuer à la création du Service des antiquités de l’Éthiopie. Les missions qu’il conduit dans les années suivantes montrent combien les institutions locales comptent pour étudier et conserver les sites. Il enseigne ensuite à Strasbourg, où il devient professeur, tout en poursuivant recherches et publications. L’enseignement n’est pas une activité secondaire : il oblige à rendre explicites les méthodes de lecture d’un monument, à distinguer une inscription conservée d’une hypothèse et à former d’autres chercheurs capables de reprendre les dossiers. Sa carrière associera constamment cours, fouilles et édition des documents.
À partir des années 1960, Leclant prend part aux recherches de Saqqarah. Les Textes des pyramides deviennent l’un de ses grands chantiers. Gravées dans certaines pyramides royales de la fin de l’Ancien Empire, ces formules demandent des relevés exacts et une étude longue de leurs variantes. La découverte d’une paroi inscrite n’est que le commencement : il faut nettoyer sans abîmer, photographier, copier, lire, comparer et publier. Les équipes du CNRS et les partenaires de terrain participent à ce travail. Leclant contribue à en faire un programme durable plutôt qu’une succession d’annonces isolées.

La vallée du Nil au sud de l’Égypte demeure un autre axe essentiel. Il dirige la mission française à Soleb au Soudan de 1960 à 1978, puis travaille à Sedeinga à partir de 1979. Les temples, les tombes et les inscriptions y rendent visibles des histoires que les récits centrés sur les pharaons laissaient souvent en marge. Leclant étudie les relations entre cultures égyptiennes et nubiennes avec des collaborateurs de plusieurs pays. Cette approche ne doit pas faire oublier que les fouilles ont lieu sur des territoires possédant leurs propres communautés, administrations et chercheurs. Les archives d’une mission prennent toute leur valeur lorsqu’elles restent accessibles et discutables.
Ses recherches couvrent encore Karnak, Tanis, l’histoire méroïtique et les cultes d’Isis. Une telle variété ne signifie pas qu’il travaille seul sur tous ces sujets. Elle repose sur des équipes de spécialistes, des relevés transmis, des bibliothèques et des institutions. De 1963 à 1979, il enseigne l’égyptologie à la Sorbonne ; il dirige aussi des travaux à l’École pratique des hautes études. En 1979, le Collège de France lui confie sa chaire d’égyptologie, qu’il occupe jusqu’en 1990. Ses cours et ses publications mettent en relation les textes, l’archéologie et l’histoire de l’art.
Leclant joue également un rôle dans les sociétés savantes et dans la coordination de la recherche. Ces fonctions peuvent paraître éloignées des inscriptions de Saqqarah. Elles déterminent pourtant la possibilité de financer des campagnes, d’assurer la conservation des dossiers et de diffuser les résultats. Une édition de textes exige parfois des années entre le premier relevé et le livre achevé. La patience de ce travail contraste avec l’image d’une archéologie faite de découvertes instantanées. Il faut aussi accepter que de nouvelles photographies ou lectures modifient une interprétation précédente : publier n’est pas fermer définitivement un dossier.

Ses travaux sur les pyramides et les sites nubiens ont renouvelé l’accès à des sources essentielles. Ils ont aidé à préciser l’histoire religieuse de l’Ancien Empire et les échanges le long du Nil. Leur portée vient de la combinaison des compétences : savoir déchiffrer, savoir fouiller, reconnaître les limites d’un vestige et donner à d’autres les moyens de vérifier la lecture proposée. Les copies et les archives peuvent aujourd’hui être reprises avec de nouveaux outils, sans que cela rende inutiles les observations qui les ont fondées. Le savoir avance par accumulation critique, non par un seul nom prestigieux.
Jean Leclant meurt en 2011. Son parcours, de Paris au Caire puis à Saqqarah et au Soudan, rappelle que l’égyptologie est une étude de documents situés dans des paysages et des institutions. Le chercheur a contribué à rendre les Textes des pyramides plus accessibles et à donner une place majeure aux civilisations de la vallée du Nil au-delà de l’Égypte. Ce legs est aussi pédagogique : il montre que la précision d’un relevé, la collaboration avec les équipes locales et la publication des résultats sont des formes de découverte à part entière.
Note sur la reconstitution. Ce récit biographique synthétise les sources citées. Les trois dessins sont des reconstitutions artistiques, ni des photographies d’époque ni des portraits documentaires attestant une ressemblance.
