Le sarcophage de Boulaq
Retiré du Nil au port du Caire, un sarcophage de basalte en forme de momie devient pour Jomard un modèle de sculpture. Comme les obélisques, il prend le chemin de Londres.

Dans les textes de la Description
Jomard le place aussitôt après les obélisques, car les deux monuments ont partagé le même sort : il est « encore un de ceux qui avaient été transportés du Kaire à Alexandrie par les soins de la Commission des sciences et arts, et que les événemens ont mis au pouvoir de l’armée anglaise, avec les vaisseaux mêmes sur lesquels on les avait embarqués ». Sa découverte tient en une ligne : « il a été trouvé dans le Nil, à Boulâq, près de la rive droite du fleuve ». Ce qui frappe d’abord, c’est sa sobriété. « Le petit nombre de ses ornemens, qui consistent en une seule bande horizontale d’hiéroglyphes, ne le distingue pas moins des autres sarcophages que sa forme, qui est exactement semblable, en dehors comme en dedans, à celle d’une momie. Le contour des épaules et même celui des jambes ont été imités par le sculpteur. » La pierre est « un basalte noir verdâtre, à grain très-fin ; le poli est de la plus grande finesse ». Jomard, qui venait d’admirer les oiseaux des obélisques de Nectanébo II, va plus loin encore : « je crois difficile de trouver dans toute l’Égypte les figures du milan, du hibou, de la caille, de l’ibis, de l’épervier, de l’oie et du vautour, mieux taillées en relief dans le creux, et travaillées avec plus de délicatesse que dans le sarcophage de Boulaq. » Il en tire une leçon sur l’art égyptien tout entier : « il est impossible de refuser d’admettre qu’ils étudiaient attentivement la nature, et qu’ils savaient la rendre avec goût ». Les savants veulent garder la trace de cette perfection. « Nous avons levé des empreintes en soufre, en plâtre, en métal, de toutes les figures de ce sarcophage », écrit Jomard ; avec Raffeneau-Delile, il fait exécuter « une copie complète et de grandeur naturelle de ce monument, pour en faire hommage à la galerie d’architecture dépendant de l’école des beaux-arts de Paris ». Il en donne les mesures : 2,222 m de long, 0,934 m aux épaules, 0,677 m de haut. L’explication de la planche 23 le dit en un mot : par la perfection de ses oiseaux et de ses hiéroglyphes, il doit être « regardé comme un modèle en ce genre ». Elle note aussi une perte : à l’extrémité antérieure, « au milieu était probablement une tête en relief, qui a été détruite ». Celle de la planche 21 rappelle enfin que les sarcophages des planches 23, 24, 25, 40 et 41 sont tombés aux mains de l’armée anglaise avec les obélisques.Description de l’Égypte (1809-1829), T. IX, chap. XX, sect. I, § IV (Jomard) ; T. X, explication des planches de Babylone et environs, pl. 21 et 23.
Deux siècles plus tard
Le sarcophage de Boulaq est conservé au British Museum sous le numéro EA 86. La notice du musée décrit exactement ce que Jomard avait vu : la partie inférieure d’un sarcophage anthropoïde en basalte noir, sans couvercle, dont une seule ligne d’hiéroglyphes incisés fait le tour, avec une partie du rebord perdue. Le lieu de découverte enregistré est Boulaq, et les mesures concordent : 2,23 m de long, contre 2,222 m chez Jomard.
Le musée le date de la Basse Époque. C’est l’âge d’or des sarcophages de pierre en forme de momie, après 700 av. J.-C. : le British Museum en conserve un exemple célèbre, celui du vizir Sasobek, sous Psammétique Ier. La notice d’EA 86 ne donne ni le nom du défunt ni la traduction de la bande d’hiéroglyphes ; elle indique en revanche que la cuve est étudiée dans le cadre d’une thèse de doctorat d’Elisabeth Greifenstein, à l’université de Wurtzbourg.
Livré aux Britanniques en 1801, entré au British Museum comme don de George III, le sarcophage n’est pas exposé aujourd’hui. Le monument que Jomard tenait pour un sommet de la sculpture égyptienne attend donc encore, dans les réserves, la publication qui dira qui il devait protéger.
Sources
Textes anciens
- Description de l’Égypte, Antiquités-Descriptions, T. IX, chap. XX, « Description des antiquités de la ville et de la province du Kaire », sect. I, § IV, « Sarcophage trouvé sur les bords du Nil à Boulaq » (Jomard).
- Description de l’Égypte, T. X, explication des planches, Babylone et environs, pl. 21 et 23.
- Illustration : Description de l’Égypte, Antiquités V, pl. 23, fig. 3 ; mise en couleur numérique évoquant le basalte noir poli.
Recherches actuelles
- British Museum, sarcophage anthropoïde, numéro d’inventaire EA 86 : description, dimensions, lieu de découverte (Boulaq), don de George III, étude en cours (E. Greifenstein, université de Wurtzbourg).
- British Museum, sarcophage de Sasobek, numéro d’inventaire EA 17 : commentaire de N. Strudwick (2006) sur les sarcophages anthropoïdes de pierre de la Basse Époque.
- B. Porter, R. Moss, Topographical Bibliography of Ancient Egyptian Hieroglyphic Texts, IV, p. 72.