La tombe de Sennefer : TT96

Décor du caveau de Sennefer (TT96) : personnages et divinités sous un plafond peint de feuilles et de grappes de vigne.
Décor du caveau de Sennefer (TT96B), à Cheikh Abd el-Gournah, sous le plafond aux vignes. © Visite Egypte.

Sous la colline de Cheikh Abd el-Gournah, une vigne peinte déploie ses feuilles et ses grappes au-dessus des visiteurs. Ce célèbre plafond a donné son surnom de « tombe aux vignes » au monument de Sennefer, maire de Thèbes sous Amenhotep II. Mais derrière le caveau se découvre un ensemble plus vaste, où les peintures racontent aussi les responsabilités d’un grand administrateur.

Un homme au cœur des richesses de Thèbes

Sennefer vit au XVe siècle avant notre ère, sous la XVIIIe dynastie. Maire de Thèbes, il appartient au cercle des hauts responsables proches du pouvoir royal. Ses titres le désignent également comme directeur des jardins, des champs et des greniers d’Amon. Il participe ainsi à la gestion des propriétés du grand temple : terres agricoles, productions, réserves et approvisionnements.

Ces fonctions expliquent la place accordée à la prospérité dans son monument. Les récoltes, les jardins et les offrandes évoquent les ressources dont il avait la charge, tout en préparant son existence après la mort. Son cousin Aménémopé, propriétaire de la tombe voisine TT29, exerce la fonction de vizir. Leurs monuments témoignent de l’importance de cette famille dans l’entourage d’Amenhotep II.

Trois grandes salles et un caveau distinct

La tombe comprend deux ensembles disposant d’accès séparés depuis la cour. La chapelle supérieure, appelée TT96A, était destinée au culte funéraire et aux visites des proches. Les appartements souterrains, TT96B, accueillaient la sépulture.

La chapelle comporte trois grandes salles : une salle transversale, une salle longitudinale et une vaste salle à quatre piliers. Une annexe à pilier unique complète cet ensemble. Plus bas, un escalier conduit à une antichambre, puis à la chambre funéraire, également soutenue par quatre piliers.

On distingue donc six pièces principales en comptant l’annexe, sans inclure la cour et les circulations. Les quatre piliers du caveau aux vignes ne doivent pas être confondus avec ceux de la grande salle supérieure.

Sous la vigne peinte

Dans le caveau, le plafond irrégulier devient une treille. Les tiges suivent les ondulations de la roche ; les feuilles et les grappes semblent suspendues au-dessus des personnages. Les peintres ont tiré parti des reliefs naturels pour créer une couverture végétale enveloppante.

La chambre funéraire mesure environ 7,50 mètres sur 6,70 mètres, pour une hauteur variant approximativement entre 2,20 et 2,80 mètres. Les piliers fragmentent les perspectives et rapprochent les scènes du regard. Les verts du feuillage, les grappes sombres, les chairs ocrées et les vêtements blancs donnent à cet espace souterrain une présence chaleureuse.

Cette végétation accompagne l’espoir d’une vie renouvelée. Elle ne suffit pas à démontrer un goût personnel de Sennefer pour la nature : elle appartient avant tout au langage religieux du monument.

Des images pour nourrir et protéger

Sur les parois et les piliers, Sennefer reçoit des offrandes et participe aux cérémonies nécessaires à son devenir dans l’au-delà. Méryt, sa compagne dans plusieurs scènes du caveau, lui présente des fleurs et des objets rituels. Les mains tendues, les gestes rapprochés et les figures réunies donnent aux compositions une intimité sensible.

Ces images répondent à des besoins précis : nourrir le défunt, le protéger et lui rendre ses capacités d’action. Elles associent la présence des proches à l’efficacité des rites. Dans la chapelle supérieure, le programme développe davantage les fonctions officielles de Sennefer, avec notamment le jardin d’Amon, les activités agricoles et les richesses des marais.

Les mains des artistes

La chapelle conserve les traces concrètes de sa fabrication. Le calcaire fissuré a été corrigé avec un mélange de terre, de paille et de matières organiques, parfois renforcé de fragments de pierre. Par endroits, les empreintes des doigts des ouvriers restent visibles.

Plusieurs couches d’enduit ont ensuite préparé la surface. Les peintres travaillaient sur enduit sec, avec des pigments liés notamment à la gomme arabique : il ne s’agit donc pas de fresques au sens technique. Après les esquisses venaient les couleurs, puis les contours et les détails. Les perruques de Sennefer révèlent un raffinement particulier : de petites gouttes d’enduit soigneusement alignées donnent du relief aux boucles.

Une beauté traversée par l’histoire

La chapelle a ensuite servi d’abri et d’étable ; sa salle à piliers a aussi été utilisée comme dépôt d’antiquités. Fumées, frottements des animaux et nettoyages anciens trop agressifs ont altéré les peintures. Leur état diffère ainsi fortement de celui du célèbre caveau.

Le programme de conservation engagé en 2001 a cherché à stabiliser les enduits et à rendre les scènes plus lisibles. Certaines lacunes ont été conservées parce qu’elles révèlent les matériaux et les traces du chantier antique. Elles permettent de regarder ensemble la peinture et sa fabrication, dans un monument qui porte encore les marques de ses multiples vies.

Sources

  • Université libre de Bruxelles, CReA-Patrimoine, « Archéologie égyptienne » : mission menée avec l’Université de Liège dans les tombes de Sennéfer et d’Aménémopé. Présentation de la mission.
  • Laurent Bavay et Roland Tefnin, « Cheikh abd el-Gourna / Thèbes » : architecture de la chapelle et programme décoratif.
  • « Les fac-similés de la tombe égyptienne de Sennefer : une solution pour la conservation », In Situ. Revue des patrimoines, 22, 2013 : organisation et dimensions du caveau, décor et conservation. Lire l’étude.
  • Projet Rosette, « Tombe de Sennefer (TT96B) » : corpus des inscriptions du caveau. Consulter les textes.
  • Hugues Tavier et Bianca Madden, « The conservation of the tomb chapel of Sennefer TT 96 A », communication à la conférence CTT, Louxor, 11 février 2016 : techniques picturales, histoire matérielle et conservation-restauration de la chapelle. Lire la communication.