Identification et localisation
La Vallée des Rois forme un ensemble de vallons secs dans la montagne thébaine, sur la rive occidentale du Nil face à Louxor. La vallée orientale concentre la plupart des tombes ; la vallée occidentale en conserve un groupe plus restreint. Le ministère égyptien rattache les sépultures royales aux XVIIIe, XIXe et XXe dynasties et présente Thoutmosis Ier comme le premier souverain du Nouvel Empire dont l’inhumation dans la vallée soit confirmée. La question précise est celle du tombeau où son corps fut d’abord déposé, car plusieurs interventions ont touché les sépultures de la famille.
Les premières tombes et leur architecture
KV38 se trouve dans une branche méridionale de la vallée. D’après l’étude publiée par l’Oriental Institute, sa succession d’espaces est relativement courte : entrée, couloir en pente, chambre intermédiaire et chambre funéraire accompagnée d’une petite annexe. Un sarcophage de quartzite inscrit pour Thoutmosis Ier y a été retrouvé. Cette architecture ne doit pas servir de modèle unique pour toutes les tombes du début de la XVIIIe dynastie : les parcours et les agrandissements varient d’un monument à l’autre.
KV20 est liée à Hatchepsout et à son père. Son développement souterrain est plus étendu et son histoire constructive plus complexe. Les relations entre KV20 et KV38 ont suscité plusieurs reconstructions : selon les auteurs, la tombe commandée par le fonctionnaire Inéni pour Thoutmosis Ier correspondrait plutôt à l’une ou à l’autre. Le sarcophage et les objets trouvés dans une tombe prouvent une association funéraire, mais ne suffisent pas toujours à dater le premier creusement de tous ses espaces.
Chronologie et histoire des sépultures
Dans l’inscription de sa tombe, Inéni affirme avoir dirigé les travaux du tombeau royal à l’abri des regards. Ce témoignage est essentiel pour comprendre l’organisation du chantier sous Thoutmosis Ier, mais il ne donne aucun numéro de tombe moderne. L’hypothèse d’un transfert du roi entre KV20 et KV38 dépend de la lecture combinée des plans, des inscriptions, des sarcophages et des objets associés à Hatchepsout et à Thoutmosis III. Il faut donc distinguer trois événements possibles : le creusement d’un espace, son aménagement pour un occupant et son usage ou réemploi effectif.
Les premiers tombeaux royaux s’insèrent dans un paysage funéraire plus vaste. Les temples du culte royal occupent d’autres emplacements sur la rive ouest ; les sépultures de proches de la famille royale et de hauts dignitaires montrent que la vallée n’était pas exclusivement réservée aux pharaons. La séparation entre le tombeau dans la montagne et les lieux publics du culte n’efface pas les liens rituels entre eux.
Les fragments du Livre de l’Amdouat
Le Livre de l’Amdouat décrit le parcours nocturne du dieu solaire dans l’au-delà. Dans le cadre des tombes royales, ce texte et ses images accompagnent la régénération du souverain défunt. Les fragments de KV38 sont particulièrement importants pour étudier les premières formes de cette tradition au Nouvel Empire. Le projet dirigé par Khaled Abdel Ghany a documenté des dalles de calcaire conservées au Musée égyptien du Caire ainsi que des fragments d’enduit provenant de la chambre funéraire.
L’équipe a notamment signalé des fragments d’enduit découverts en 2016, puis d’autres éléments recueillis lors de travaux en 2023. Elle a rapproché leur paléographie et leur iconographie de versions plus tardives, notamment celle de la tombe de Thoutmosis III, KV34. Un nouveau fragment d’une dalle de la deuxième heure, trouvé dans KV38, a été raccordé au groupe découvert par Victor Loret à la fin du XIXe siècle. Ces résultats renforcent l’attribution d’un exemplaire ancien de l’Amdouat à KV38. La conclusion du projet sur l’origine unique de l’ensemble doit être lue comme un résultat de recherche, non comme la solution définitive à toute la chronologie de KV20 et KV38.
Fouilles, conservation et limites de l’enquête
Victor Loret a exploré KV38 à la fin du XIXe siècle ; Howard Carter a étudié KV20 au début du XXe. Depuis, l’enquête ne dépend plus seulement de l’architecture visible. La provenance des blocs, les traces d’inscription, l’état des enduits et le remontage de fragments peuvent modifier une attribution ancienne. Dans KV38, des fragments de quartzite portant le nom de trône de Thoutmosis Ier ont été signalés sous des déblais de la chambre funéraire ; leur relation possible avec un sarcophage reste examinée.
Les eaux de pluie ont pénétré dans les tombes et altéré les surfaces peintes ou enduites. Les dalles de l’Amdouat ont aussi subi des dépôts et des sels avant leur traitement au musée. Le nettoyage et le remontage rendent certains signes de nouveau lisibles, mais une image isolée de son contexte ne restitue pas à elle seule l’ordre originel des scènes. Pillages, déplacements anciens et fouilles successives expliquent pourquoi l’absence actuelle d’un objet ne prouve pas son absence lors des funérailles.
Ce que l’on peut conclure
La Vallée des Rois était déjà un lieu d’inhumation royale au temps de Thoutmosis Ier. KV38 lui est solidement associée par un sarcophage inscrit et par les découvertes étudiées récemment ; KV20 appartient aussi à l’histoire funéraire d’Hatchepsout et de son père. Les recherches récentes éclairent la datation de l’Amdouat, mais l’identification du premier creusement royal et la séquence exacte des réaménagements restent discutées. Une représentation de « la première tombe » ne peut donc remplacer l’examen distinct des plans et des vestiges de KV20 et KV38.
Sources principales
Sources consultées le 28 septembre 2026 : https://egymonuments.gov.eg/archaeological-sites/valley-of-the-kings/ ; https://arce.org/project/documentation-and-conservation-of-the-amduat-fragments-from-the-tomb-of-thutmose-i-kv-38/ ; https://isac.uchicago.edu/sites/oi.uchicago.edu/files/uploads/shared/docs/saoc61.pdf.
