Identification et localisation
Le grand temple d’Abou Simbel est un temple rupestre de Ramsès II, taillé dans un promontoire de grès de la rive occidentale du Nil, en Basse Nubie, à environ 280 km au sud d’Assouan. Il forme avec le temple d’Hathor et de Néfertari, situé quelques dizaines de mètres plus au nord, l’un des ensembles majeurs du bien « Monuments de Nubie d’Abou Simbel à Philae », inscrit au patrimoine mondial en 1979.
Le monument visible aujourd’hui ne se trouve plus exactement à son emplacement d’origine : il a été découpé puis remonté, entre 1964 et 1968, une soixantaine de mètres plus haut, contre une colline artificielle.
Architecture et décor
La façade, taillée dans la roche, est dominée par quatre colosses assis du roi, d’une vingtaine de mètres de hauteur. Le deuxième colosse en partant du sud s’est effondré dès l’Antiquité, probablement à la suite d’un séisme ; ses fragments sont restés au pied de la façade. Entre les jambes et près des trônes figurent des membres de la famille royale, dont Néfertari et la reine mère Touy. Une rangée de babouins adorant le soleil levant couronne la façade.
À l’intérieur, le plan s’enfonce dans la montagne selon un axe unique. La grande salle est rythmée par huit piliers devant lesquels se dressent des statues du roi sous l’aspect osirien. Ses parois portent les grands reliefs de la bataille de Qadesh contre les Hittites, ainsi que des scènes de campagnes en Syrie, en Libye et en Nubie. Une seconde salle à piliers et un vestibule précèdent le sanctuaire, où quatre statues assises taillées dans la roche représentent Ptah, Amon-Rê, Ramsès II divinisé et Rê-Horakhty. Des salles annexes, ouvertes sur les côtés de la grande salle, servaient vraisemblablement de magasins.
Chronologie et fonctions
Le chantier date du règne de Ramsès II (vers 1279-1213 av. J.-C.) ; le ministère égyptien situe l’achèvement vers 1264 av. J.-C. Le temple associe le culte des grands dieux de l’État à celui du roi lui-même, présent parmi les divinités du sanctuaire. Implanté en Nubie, territoire conquis et exploité pour ses ressources, il affirme aussi la domination égyptienne sur la région.
L’orientation de l’axe permet au soleil levant de pénétrer jusqu’au sanctuaire deux fois par an, autour du 22 février et du 22 octobre selon le ministère égyptien. La statue de Ptah, dieu lié au monde souterrain, reste traditionnellement dans l’ombre. Ces dates actuelles tiennent compte du déplacement moderne ; la signification exacte que les Anciens attachaient au phénomène reste discutée.
Le temple a continué d’être fréquenté après Ramsès II : des mercenaires de l’armée de Psammétique II, passés par là vers 591 av. J.-C., ont gravé des graffitis en grec, en carien et en phénicien sur les colosses méridionaux.
Redécouverte et recherche
Ensablé pendant des siècles, le grand temple est signalé en 1813 par le voyageur suisse Jean-Louis Burckhardt, qui n’en aperçoit que le haut de la façade. Giovanni Battista Belzoni dégage l’entrée et pénètre à l’intérieur en 1817. Les relevés du XIXe siècle, notamment ceux des expéditions franco-toscane et prussienne, fournissent les premières copies des reliefs, dont le récit de Qadesh, aujourd’hui confronté à d’autres versions du même texte à Louxor, au Ramesseum, à Abydos et à Karnak.
Le sauvetage de 1964-1968
La construction du haut barrage d’Assouan menaçait d’engloutir le monument sous le lac Nasser. Dans le cadre de la campagne internationale lancée par l’UNESCO en 1960, les deux temples ont été découpés en plus d’un millier de blocs, puis remontés sur un site plus élevé. La montagne qui les abrite est désormais une structure artificielle, en béton recouvert de roche, qui reproduit l’aspect du promontoire d’origine.
Cette opération a préservé le décor, mais elle a modifié le rapport au fleuve et à la falaise. Les joints de découpe restent visibles à certains endroits ; ils appartiennent à l’histoire moderne du monument.
État de conservation et questions de recherche
Les questions actuelles portent sur la conservation des reliefs peints, la gestion de la fréquentation et la lecture des phases du chantier. Les reliefs de Qadesh sont une version officielle d’un affrontement dont l’issue fut plus incertaine que ne le suggère la propagande royale. Leur étude se fait en comparant les différentes versions du texte et de l’image.
Sources principales
Sources (consultées le 28 septembre 2026) : Ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, Abou Simbel ; UNESCO, Monuments de Nubie d’Abou Simbel à Philae ; UNESCO, campagne internationale de sauvegarde des monuments de Nubie.
