Mosquée Ibn Touloun : fiche complète

Planche interprétative consacrée à Mosquée Ibn Touloun
Composition interprétative non métrique ; les positions et proportions ne constituent pas un relevé de fouille.

Identification et localisation

La mosquée d’Ahmad ibn Touloun se dresse sur le Djebel Yashkur, dans l’actuelle place Ahmad-ibn-Touloun (quartier de Sayyida Zaynab), le long de la rue al-Saliba, au sud du centre historique du Caire. Elle couvre environ 26 318 m². Elle fait partie du bien « Le Caire historique », inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1979 au titre des critères (i), (v) et (vi) ; l’UNESCO y voit un exemple éminent des débuts de l’architecture islamique.

La grande mosquée d’al-Qataï

Ahmad ibn Touloun, gouverneur abbasside de l’Égypte de 254 à 270 H (868–884), gouverna le pays comme un État indépendant à partir de 266 H (872). Il fonda en 256 H (870) une nouvelle capitale, al-Qataï. Après avoir achevé son palais au pied du Moqattam et aménagé le maydân qui lui faisait face, il fit élever la grande mosquée, commencée en 263 H (876) et terminée en 265 H (879). Destinée à la prière du vendredi de la nouvelle ville, elle marquait aussi l’affirmation de son autonomie face au califat. Elle n’est que la troisième mosquée élevée à Misr, après celle d’Amr (21 H/642), qui n’a rien conservé de ses éléments originaux, et celle d’al-Askar (169 H/785), disparue avec son quartier ; mais elle est la plus ancienne à avoir gardé son plan et une grande partie de ses éléments architecturaux. Elle est aussi le seul monument subsistant d’al-Qataï.

Plan, matériaux et décor de stuc

L’édifice est entièrement construit en brique cuite. Une cour carrée d’environ 92 m de côté est bordée de quatre portiques ; celui de la qibla, à l’est, le plus profond, compte cinq rangées d’arcades. Les arcs retombent sur des piliers de brique rouge. Une ziyada, espace libre ménagé entre le mur de la mosquée et les constructions voisines, isole l’oratoire de la ville ; la notice de Discover Islamic Art rapproche ce dispositif de ceux de la grande mosquée de Samarra et de Sousse. Les façades sont couronnées de merlons ajourés aux formes singulières. Les parties hautes des murs sont percées de 128 fenêtres en arc garnies de stuc ajouré, toutes différentes, à décor géométrique et végétal entrelacé ; le même stuc souligne l’arête et l’intrados des arcs. Le portique oriental porte des mihrabs d’époques toulounide, fatimide et mamelouke ; le ministère en dénombre six, dont le mihrab principal, creux et richement décoré.

Le minaret et les travaux de Lajine

Le minaret s’élève dans la partie ouest de la ziyada ; son escalier s’enroule autour de la tour, à l’extérieur, disposition exceptionnelle qui renvoie aux minarets de Samarra. Il ne s’agit toutefois pas de l’ouvrage du IXe siècle. En 696 H (1296), le sultan mamelouk Husam al-Din Lajine fit exécuter les travaux les plus importants de l’histoire de l’édifice : la coupole élevée au milieu de la cour au-dessus de la fontaine des ablutions, le minaret actuel, la chaire (minbar) de bois, le revêtement du mihrab, un mihrab de stuc sur l’un des piliers de la nef de la qibla et une grande partie des claustras de plâtre.

Démêler le toulounide du mamelouk

La mosquée a souffert du temps et a été restaurée à plusieurs reprises ; le Comité de conservation des monuments de l’art arabe en a suivi l’entretien au XXe siècle. Les questions ouvertes portent sur la part exacte du décor de stuc et des claustras qui remonte aux années 876–879, sur la forme du minaret d’origine et sur la manière dont les modèles de Samarra ont été adaptés aux matériaux et aux ateliers égyptiens. L’organisation d’al-Qataï, dont la mosquée était le centre et reste le seul témoin, constitue une autre question.

Sources principales

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Ahmad Ibn Tulun Mosque, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; « Mosquée d’Aḥmad ibn Ṭūlūn », Comité de conservation des monuments de l’art arabe, fascicule 40, 1961, Persée ; Tarek Torky, « Mosquée d’Ahmad ibn Touloun », Discover Islamic Art, Museum With No Frontiers.

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