Enceinte et portes fatimides du Caire

Photographie du site Enceinte et portes fatimides du Caire
Photographie © C.Rossignol.

En quelques mots

Le Caire fatimide fut fermé par des murailles dès sa fondation. Jawhar al-Siqilli, qui créa la ville en 969, l’entoura d’un rempart de briques crues percé de huit portes. Un peu plus d’un siècle plus tard, sous le calife al-Mustansir, le vizir Badr al-Gamali fit reconstruire et élargir cette enceinte à partir de 1087 ; ses trois grandes portes de pierre, Bab al-Nasr, Bab al-Futuh et Bab Zuwayla, sont celles que l’on voit aujourd’hui. Saladin étendit ensuite les défenses pour réunir dans une même enceinte les anciennes capitales et la Citadelle.

Ce que l’on découvre

Au nord, Bab al-Nasr et Bab al-Futuh s’ouvrent dans la muraille septentrionale, dont un tronçon subsiste entre elles. Au sud, Bab Zuwayla ferme l’autre extrémité de la grande rue nord-sud de la ville fatimide, l’actuelle rue al-Muizz : parcourir cette rue d’une porte à l’autre revient à traverser la ville des califes dans toute sa longueur. Chaque porte associe deux tours massives encadrant un passage voûté ; les tours sont carrées à Bab al-Nasr, arrondies à Bab al-Futuh et à Bab Zuwayla. Sur cette dernière, deux minarets dominent la silhouette : ils appartiennent à la mosquée voisine du sultan mamelouk al-Muayyad Chaykh, qui s’appuya sur les tours fatimides entre 1415 et 1421.

Ce qu’il faut regarder

La pierre est ici une nouveauté : ces portes marquent au Caire le début d’un goût pour la construction en pierre, et elles comptent parmi les rares exemples d’architecture militaire du monde islamique antérieurs aux croisades. Une tradition attribue leur construction à trois frères venus d’Édesse, en haute Mésopotamie ; Badr al-Gamali, lui-même arménien, employa des bâtisseurs arméniens et syriens. On remarque l’absence complète d’arc brisé, rare au Caire fatimide, au profit d’arcs en plein cintre et de plates-bandes.

Chaque porte a son détail. Sur la façade de Bab al-Nasr, une série de boucliers sculptés en relief évoque la fonction protectrice de l’enceinte ; la porte porte aussi la plus ancienne profession de foi chiite conservée sur un monument fatimide du Caire. Des inscriptions françaises, « Tour Julien » ou « Tour Courbin », rappellent que les soldats de Bonaparte utilisèrent ces défenses. À Bab al-Futuh, l’arc d’entrée est orné d’un réseau de losanges sculptés, et la plate-forme reliant les tours est percée d’ouvertures destinées à jeter des liquides brûlants sur les assaillants.

Son histoire

Les inscriptions de fondation donnaient d’autres noms aux portes du nord : Bab al-Izz pour Bab al-Nasr, Bab al-Iqbal pour Bab al-Futuh. Les Cairotes gardèrent pourtant les anciens noms, hérités des portes de Jawhar. Bab Zuwayla, achevée vers 1092, doit le sien à des soldats nord-africains de la tribu des Zuwayla, arrivés avec Jawhar et installés à proximité. C’est devant cette porte qu’en 1517 le sultan ottoman Sélim Ier fit pendre Tumanbay, dernier sultan mamelouk. Bab Zuwayla a été restaurée entre 1998 et 2003 par le Conseil suprême des Antiquités et l’American Research Center in Egypt.

Ce qui reste incertain touche d’abord la première enceinte. Le tracé du mur de Jawhar est très mal connu, même par les textes, et les fouilles récentes ont révélé que l’enceinte de Badr al-Gamali n’était pas partout de pierre : entre les portes, de longs tronçons furent bâtis en briques crues.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Bab Zuwayla, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Bab al-Futuh, Archnet (Aga Khan Documentation Center, MIT) ; Murailles du Caire, Institut français d’archéologie orientale.