
Identification et localisation
Les murailles fatimides entouraient al-Qahira, la ville fondée en 969 par Jawhar al-Siqilli. Leur plan rectangulaire comptait huit portes, deux par côté : al-Nasr et al-Futuh au nord, al-Barqiyya et al-Qarratin à l’est, Zuwayla et al-Farag au sud, al-Qantara et Sa‘ada à l’ouest. Trois portes monumentales de pierre sont conservées en élévation : Bab al-Nasr et Bab al-Futuh sur la muraille nord, Bab Zuwayla au sud, aux deux extrémités de l’axe de la rue al-Muizz. Une quatrième, Bab al-Tawfiq, a été retrouvée en fouille sur le front est.
Trois enceintes, de Jawhar à Saladin
La première enceinte, en briques crues, fut élevée par Jawhar sous le calife al-Muizz li-Din Allah (969–975). En 1087 (480 de l’hégire), sous le calife al-Mustansir (1036–1094), le vizir Badr al-Gamali la fit reconstruire et élargir ; Bab al-Nasr et Bab al-Futuh datent de 1087, Bab Zuwayla de 1092. Les inscriptions de fondation nomment les portes du nord Bab al-Izz et Bab al-Iqbal, mais l’usage conserva les noms des portes de Jawhar. Après 1171, Saladin étendit les défenses pour englober Fostat, al-Askar, al-Qataï et al-Qahira, avec la Citadelle, commencée en 1176, pour point fort ; l’IFAO date les murailles ayyoubides de 1171–1208. En 1415–1421, le sultan al-Muayyad Chaykh intégra les tours de Bab Zuwayla à sa mosquée et les surmonta de deux minarets.
Pierre de taille et brique crue
Chaque porte comprend deux tours massives, carrées à Bab al-Nasr, arrondies à Bab al-Futuh et Bab Zuwayla ; entre les deux tours de Bab Zuwayla, l’entrée mesure environ 4,82 mètres de large. Une tradition attribue les travaux à trois frères venus d’Édesse, probablement des chrétiens ayant fui la prise de la ville par les Seldjoukides en 1086 ; Badr al-Gamali, d’origine arménienne, employa des bâtisseurs arméniens et syriens. Ces portes présentent des pendentifs en triangle sphérique, des arcs en plein cintre et des plates-bandes, mais aucun arc brisé. L’étude de M. Salcedo-Galera et R. García-Baño (2022) souligne la stéréotomie de la voûte d’arêtes de Bab al-Nasr, haute d’environ 4,11 mètres, à claveaux d’arête en L et joints dépassant rarement 3 millimètres, solution que les traités de la Renaissance ne décrivent que bien plus tard.
La muraille de Badr al-Gamali n’était pourtant pas tout en pierre. À Bab al-Tawfiq (ou Bab al-Barqiyya), l’unique porte orientale connue, une inscription de marbre blanc de 3 mètres sur 40 centimètres, placée au sommet de l’arc, date les travaux de 1090 ; de chaque côté, des tours quadrangulaires de grosses briques crues carrées, chaînées à l’appareil de pierre, lui sont contemporaines. Devant l’entrée, un glacis était dallé de blocs pharaoniques en remploi, dispositif que les textes signalent aussi devant Bab Zuwayla.
Les chantiers de l’IFAO et de la fondation Aga Khan
Depuis 2000, l’IFAO et le programme des villes historiques de la fondation Aga Khan étudient les murailles sous la direction de Stéphane Pradines, sur quatre secteurs. Au parking Darassa, fouillé à partir de septembre 2001, sont apparus des tronçons des murailles fatimide (1087–1092) et ayyoubide (1174–1178), un mausolée fatimide de la fin du Xe siècle, des habitats et ateliers mamelouks et un cimetière des XIVe et XVe siècles ; un parc archéologique y a ouvert en 2013. Bab al-Tawfiq a été fouillée en 2004–2005. À Burg al-Zafar, angle nord-est de la ville, la tour circulaire longtemps crue ayyoubide a été datée de 1169–1171, quand Saladin était vizir des derniers Fatimides, et plus de 70 mètres de courtines et de tours en briques crues de Badr al-Gamali ont été dégagés. Depuis 2012, le secteur de Bab al-Nasr est étudié.
Où passait le mur de Jawhar ?
La première enceinte reste très mal connue, même par les textes. En 2011, un mur en pisé, parallèle à la muraille de Badr al-Gamali et plus ancien qu’elle, a été découvert à Burg al-Zafar ; il pourrait appartenir au rempart de Jawhar (969–971), mais il se situe en avant du mur de Badr al-Gamali, ce qui obligerait à expliquer pourquoi celui-ci fut bâti en retrait. Près de Bab al-Nasr, la muraille de 1087 s’adosse à une fortification plus ancienne, à tours quadrangulaires rapprochées, que l’équipe rapproche, à la suite de Creswell, du tracé de Jawhar. Si l’hypothèse se confirme, la mosquée d’al-Hakim aurait été construite à cheval sur cette première enceinte.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Murailles du Caire, Institut français d’archéologie orientale ; The Walls of Cairo, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Macarena Salcedo-Galera et Ricardo García-Baño, « Stonecutting and Early Stereotomy in the Fatimid Walls of Cairo », Nexus Network Journal, 24 (3), 2022, p. 657–672.