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Abou Rawach, cimetière archaïque M : fiche complète

Planche interprétative consacrée à Abou Rawach, cimetière archaïque M
Composition interprétative non métrique ; les positions et proportions ne constituent pas un relevé de fouille.

Identification et localisation

Le cimetière M se trouve à Abou Rawach, à environ huit kilomètres au nord-ouest du plateau de Gizeh. Il occupe un petit éperon rocheux situé à environ vingt-cinq mètres au-dessus de la plaine nord-ouest. Le site a livré vingt-cinq tombes en brique crue datées de Nagada IIIC2, correspondant au milieu de la Ire dynastie, surtout au règne de Den selon l’étude céramique de la mission. La lettre M rappelle Pierre Montet, qui fouilla le secteur en 1913–1914. Cette nécropole est distincte du complexe pyramidal de Rêdjedef, souverain de la IVe dynastie : les sépare une histoire de plusieurs siècles. Elle doit aussi être distinguée d’autres cimetières du même site, notamment ceux de l’Ancien Empire.

Présentation générale

La découverte des tombes M fut importante parce qu’elle révélait en Basse-Égypte des constructions de la Ire dynastie comparables, par certains aspects, aux monuments connus plus au sud. Leur architecture et leur mobilier éclairent le rôle d’une élite locale dans l’intégration de la région memphite au pouvoir royal naissant. Les mastabas sont grands, mais rien n’autorise à en faire des tombes de rois : les souverains de la Ire dynastie ont leur nécropole à Abydos. Les empreintes de sceaux au nom de Den aident à dater et contextualiser certains dépôts. Elles ne sont pas des inscriptions de propriété funéraire attribuant chaque monument au souverain. Le cimetière permet surtout de comparer les façons d’édifier, fermer et équiper les tombes d’un même horizon chronologique.

Monuments et vestiges

Les grands monuments associent un massif de briques crues, des niches ou ressauts extérieurs et une chambre sépulcrale creusée dans la roche. Les fouilles récentes ont documenté le montage et le chaînage des murs, des traces de plâtre sur les faces extérieures, des couches de nivellement et des dépôts placés sous les fondations, comprenant notamment céramique, coquillages et cornes de bovins. Au mastaba M02, une dalle de herse de pierre était encore en place à l’entrée de la chambre. Des tombes subsidiaires accompagnent certains mastabas et conservent parfois leur mobilier. Le cas du mastaba M06 se distingue par la découverte de restes de barque funéraire en bois à proximité. Cette barque n’est pas l’équipement de M02 : ces exemples relèvent de monuments différents. L’état de dégradation des superstructures impose de distinguer les éléments fouillés de leur élévation supposée.

Chronologie et phases de construction

L’ensemble appartient à la phase Nagada IIIC2 et se concentre, d’après les céramiques étudiées, dans le règne de Den, au milieu de la Ire dynastie. Cette chronologie relative est renforcée par plusieurs datations au carbone 14 réalisées sur des matériaux variés, dont briques, bois et restes de barque. Les mesures et leur calibration doivent être lues avec les contextes archéologiques, non comme une date identique pour toutes les tombes. Les vingt-cinq sépultures connues n’ont pas forcément été bâties en une seule campagne. La pyramide de Rêdjedef, visible dans l’histoire ultérieure d’Abou Rawach, appartient à la IVe dynastie, vers le milieu du IIIe millénaire. Son chantier et la nécropole qui en dépend n’expliquent pas la construction du cimetière M, beaucoup plus ancien.

Histoire et fonctions

Les tombes montrent une communauté capable de mobiliser briquetiers, tailleurs de roche, charpentiers et fabricants d’objets. Les dispositifs de fermeture protègent les chambres, tandis que les niches et dépôts de fondation donnent une dimension visible ou rituelle au monument. Les barques funéraires associées à plusieurs mastabas attestent une pratique importante de cet horizon ; leur interprétation symbolique exacte demande prudence. L’examen anthropologique des tombes subsidiaires a révélé des individus d’âges et de sexes variés, sans trace de violence identifiée sur les squelettes étudiés. Les fouilleurs considèrent ces données comme contraires à l’hypothèse de morts sacrifiés pour accompagner les occupants des grands mastabas. Cette conclusion concerne les contextes étudiés à Abou Rawach et ne doit pas être étendue automatiquement à toutes les nécropoles des premières dynasties.

Fouilles et histoire de la recherche

Pierre Montet commença la fouille du cimetière M en 1913–1914 ; Adolf Klasens et une équipe de Leyde poursuivirent l’étude en 1957–1959. De 2009 à 2014, l’Institut français d’archéologie orientale reprit les monuments sous la direction de Yann Tristant. Quinze mastabas furent entièrement refouillés, ainsi que des tombes subsidiaires parfois intactes. Les chercheurs ont établi de nouveaux plans, relevé les détails de construction et étudié les objets conservés dans plusieurs collections, dont celles du Louvre et de l’université de Strasbourg. Jane Smythe a travaillé sur la céramique ; les datations radiocarbone complètent les comparaisons typologiques. L’étude de la barque de M06 a fait l’objet d’une publication spécifique. Ce retour aux archives et au terrain corrige les lacunes de fouilles anciennes tout en rendant plus lisible la place du cimetière M dans la région memphite.

État de conservation et questions de recherche

Les monuments ont été fortement endommagés, ce qui limite la restitution de leur hauteur et de certains aménagements. Les données des anciennes fouilles ne sont pas toujours aussi précises que les relevés récents. La majorité du mobilier doit être replacée dans son contexte de découverte avant toute interprétation sociale. Les empreintes au nom de Den sont des indices chronologiques et administratifs, pas des preuves d’inhumation royale sur place. Les conclusions anthropologiques sur l’absence de sacrifice reposent sur les squelettes effectivement examinés. Enfin, les images livrées séparément représentent une évocation et une planche non métrique : elles rapprochent des types de vestiges attestés, sans reproduire le plan exact d’un mastaba ni confondre M02 et M06. L’histoire du cimetière M ne doit pas être mêlée à celle de la pyramide de Rêdjedef.

Sources principales

Institut français d’archéologie orientale, « Abou Rawach : une nécropole protodynastique au nord-ouest de Gîza ». https://www.ifao.egnet.net/archeologie/abou-roach/ (consulté le 26 septembre 2026).
Tristant, Yann, « Les tombes des premières dynasties à Abou Roach », Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale 108, 2008, p. 325–370. https://www.ifao.egnet.net/bifao/108/15/ (consulté le 26 septembre 2026).
Tristant, Yann, et al., « Barques sur le Nil… Le mastaba M06 d’Abou Rawach et sa barque funéraire », BIFAO 114/2, 2014, p. 563–588. https://www.ifao.egnet.net/bifao/114/22/ (consulté le 26 septembre 2026).
Université de Strasbourg, « Étude du matériel d’Abou Rawach ». https://egypte.unistra.fr/la-collection-de-linstitut-degyptologie/travaux-sur-la-collection/accueil-de-chercheurs-et-de-visiteurs/operation-etude-du-materiel-dabou-rawach/ (consulté le 26 septembre 2026).

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