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Nagada, les nécropoles prédynastiques : fiche complète

Comparaison interprétative de formes de sépultures à Nagada
Planche typologique interprétative des sépultures à Nagada ; elle ne relève pas deux tombes précises.

Identification et localisation

Nagada, aussi transcrit Naqada, désigne ici les nécropoles prédynastiques situées au bord du désert, près de l’ancienne Nubt, en Haute-Égypte, à une vingtaine de kilomètres au nord de Louxor. L’ensemble comprend notamment la grande nécropole, dite N, ainsi que les secteurs B et T. Il ne s’agit ni d’un monument unique ni de toutes les découvertes faites dans la région : l’habitat de Nubt, le temple de Seth et les tombes dynastiques relèvent d’autres histoires. Les sépultures étudiées appartiennent surtout aux phases Nagada I, II et III, approximativement entre 4000 et 3000 av. J.-C. Le nom de la culture de Nagada vient du site où cette séquence fut reconnue et étudiée.

Présentation générale

L’intérêt des nécropoles tient à la combinaison d’un très grand nombre de sépultures, d’objets associés et d’archives anciennes. Les tombes permettent de suivre des changements dans les formes des fosses et dans les dépôts funéraires. La céramique a joué un rôle central dans la construction de la chronologie prédynastique. Les différences de dimensions et de mobilier entre tombes renseignent sur la diversité des pratiques, mais l’interprétation sociale reste prudente : une sépulture riche ne donne pas à elle seule le titre, la fonction ou l’identité politique de son occupant. Le paysage actuel ne restitue plus l’étendue des fouilles réalisées à la fin du XIXe siècle.

Monuments et vestiges

Les sépultures de Nagada I comprennent souvent des fosses ovales relativement simples. Au cours des phases suivantes apparaissent des fosses plus grandes et des formes rectangulaires ; certaines tombes élaborées possèdent des aménagements en brique crue. Les récipients funéraires comprennent des céramiques aux pâtes, aux formes et aux décors variés, dont la comparaison a permis d’établir des successions relatives. La nécropole T, utilisée notamment pendant Nagada II et III, se distingue par des tombes plus vastes et généralement plus fournies que celles d’autres secteurs. Cette diversité ne doit pas être réduite à deux « types » fixes : les plans, les perturbations et les assemblages varient d’une tombe à l’autre. Le plan publié par Petrie et Quibell représente plus de 2 200 tombes à petite échelle, dont beaucoup sans numéro lisible.

Chronologie et phases de construction

La périodisation de Nagada I, II et III est une grille archéologique, non une succession de dynasties connues par des listes royales. À titre indicatif, les repères employés par l’UCL placent Nagada I vers 4000–3500, Nagada II vers 3500–3200 et Nagada III vers 3200–3000 av. J.-C. Les limites diffèrent selon les travaux et les contextes. Flinders Petrie a élaboré ses « dates de séquence » en comparant les assemblages de poteries ; Werner Kaiser a ensuite affiné les phases. Les fosses anciennes, les tombes plus élaborées et les secteurs funéraires ne sont donc pas contemporains dans leur totalité. Les nécropoles ont continué à être réutilisées ou côtoyées par d’autres occupations après la préhistoire ; il faut dater chaque tombe par son contexte propre, non par le seul nom Nagada.

Histoire et fonctions

Ces lieux servaient à inhumer les morts et à déposer, selon les cas, des récipients et d’autres objets. Les dépôts n’expliquent pas automatiquement les croyances des vivants : leur sens précis peut varier et demeure en partie inaccessible. La fréquence de certaines formes de tombes et la richesse inégale des mobiliers ont alimenté les discussions sur la différenciation sociale en Haute-Égypte avant l’État pharaonique. La nécropole T a souvent été qualifiée de secteur « élitaire » en raison de la taille et des biens de plusieurs tombes ; cette qualification décrit une tendance archéologique, pas une identité certaine pour chaque personne enterrée. Les archives et les collections dispersées permettent aujourd’hui de reprendre ces questions tombe par tombe.

Fouilles et histoire de la recherche

William Matthew Flinders Petrie dirigea la grande campagne de 1894–1895 à Nagada ; James Edward Quibell travailla notamment à Ballas. Leur ouvrage Naqada and Ballas parut en 1896. Petrie attribua d’abord ces tombes à une « nouvelle race » supposée plus tardive. Jacques de Morgan reconnut leur ancienneté prédynastique, et Petrie corrigea ensuite son interprétation. Les carnets, plans et objets conservés ont fait l’objet de réexamens, notamment par Alice Stevenson. En 2024, Xavier Droux a confronté les carnets de fouille au plan imprimé et proposé une carte numérique révisée des secteurs N, B et T. Le projet NUBTI, soutenu par l’IFAO avec le Petrie Museum, vise à rapprocher les descriptions de tombes, les dessins et les objets des collections afin de réévaluer les assemblages funéraires et leur chronologie.

État de conservation et questions de recherche

La conservation du site doit être distinguée de celle des objets et des archives. Droux indique qu’une grande partie des terrains funéraires a été détruite et se trouve aujourd’hui sous culture ; les sépultures ne se lisent donc plus comme un vaste cimetière visitable. La carte de 1896 comporte des lacunes et des doublons de numéros ; la confrontation des carnets a permis de replacer des tombes et de corriger des erreurs, sans supprimer toute incertitude. Le projet NUBTI poursuit cette vérification des contextes et des mobiliers. Ces recherches rappellent qu’un objet attribué à Nagada n’éclaire pleinement la nécropole que si sa tombe d’origine et sa provenance documentaire peuvent être établies. Il faut enfin distinguer Nagada, le site, de la culture de Nagada, attestée bien au-delà de cette région.

Sources principales

Petrie, W. M. Flinders et J. E. Quibell, Naqada and Ballas, Londres, 1896. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Naqada_and_Ballas._1895_(IA_cu31924028748261).pdf (consulté le 26 septembre 2026).
University College London, Digital Egypt for Universities, « Background Information to Naqada » et « Chronology of the Naqada Period ». https://www.ucl.ac.uk/museums-static/digitalegypt/naqada/background.html ; https://www.ucl.ac.uk/museums-static/digitalegypt/naqadan/chronology.html (consultés le 26 septembre 2026).
Stevenson, Alice, « The Archival Record of W. M. F. Petrie’s 1894–5 Excavations in the Predynastic Cemeteries of Naqada », dans The Many Histories of Naqada, 2020. https://discovery.ucl.ac.uk/id/eprint/10102819/ (consulté le 26 septembre 2026).
Droux, Xavier, « Revisiting Petrie’s Excavations at Naqada: Cross-matching the Available Documentary Evidence and New Digital Map », Interdisciplinary Egyptology, 3/1, 2024, p. 1–59. https://doi.org/10.25365/integ.2024.v3.4 (consulté le 26 septembre 2026).
IFAO, projet NUBTI, « Naqada Unified Base for Tomb Information ». https://www.ifao.egnet.net/recherche/operations/op23354/ (consulté le 26 septembre 2026).

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