
En quelques mots
Médinet Madi, dans le Fayoum, s’appelait Dja au Moyen Empire, puis Narmouthis à l’époque gréco-romaine, « la ville de Rénénoutet ». Son petit temple, fondé par Amenemhat III en même temps que la ville et orné de reliefs où figurent ce roi et son successeur Amenemhat IV, est le seul temple de culte du Moyen Empire connu en Égypte qui ait conservé à la fois ses textes et ses sculptures. Plus de quinze siècles plus tard, à l’époque ptolémaïque, ce noyau fut enveloppé par un vaste ensemble de cours, de portes et de chemins processionnels. Ce sont ces agrandissements qui donnent aujourd’hui au site sa forme et sa longueur.
Ce que l’on découvre
Le visiteur n’aborde pas d’emblée le temple pharaonique : il y parvient au terme d’un long parcours. Une allée processionnelle, le dromos, bordée de sphinx, franchit le grand portail sud de l’enceinte sacrée et conduit à un kiosque. Trois cours et un vestibule, ajoutés probablement sous Ptolémée IX Sôter II, précèdent désormais le sanctuaire d’Amenemhat III, avec sa salle à deux colonnes et sa salle transversale desservant trois chapelles. Contre son flanc nord s’appuie un second temple, lui aussi ptolémaïque.
Longtemps, une grande partie de cet ensemble est restée sous le sable. Les travaux menés à partir de 2008 par l’université de Pise, dans le cadre d’un projet financé par le ministère italien des Affaires étrangères, ont dégagé une bande de 420 mètres de long, si bien que le dromos se lit désormais sur 230 mètres, du sud au nord. Un centre d’accueil des visiteurs a été construit à cette occasion.
Ce qu’il faut regarder
Deux détails méritent l’arrêt. Le premier se trouve à l’accès d’origine du dromos : un autel des sacrifices, quatre statues de lions et une statue de lionne, ensemble que les fouilleurs jugent sans parallèle connu. Des inscriptions grecques de dédicace, datées de 116 av. J.-C., ont été retrouvées dans le même secteur ; elles donnent un repère précis pour ce chantier ptolémaïque.
Le second détail est un texte. Sur les montants de la porte de la première cour, Achille Vogliano découvrit quatre hymnes en grec signés par un certain Isidôros et composés après 96 av. J.-C. Ils s’adressent à Isis-Hermouthis, nom grec de Rénénoutet, à deux divinités locales, Sokonopis et Anchoès, et à « Porramanrès », qui n’est autre qu’Amenemhat III, le bâtisseur du premier temple. Un Égyptien hellénisé célébrait ainsi en grec, sur une porte ptolémaïque, un roi mort depuis plus de mille ans.
Son histoire
Le temple du Moyen Empire fut dégagé par Achille Vogliano entre 1935 et 1939, juste avant la Seconde Guerre mondiale. L’université de Pise, sous la direction d’Edda Bresciani, a ensuite repris l’exploration du site et de ses abords. Les agrandissements ne s’arrêtent pas aux Ptolémées : au-delà du portail nord, secondaire, une grande cour à portiques fut ajoutée à l’époque romaine.
Ce que ces transformations disent du culte reste en partie ouvert. Le lieu sacré est resté actif pendant plus d’un millénaire, mais la continuité des bâtiments ne prouve pas celle des rites ni du personnel. Les sources publiées en ligne ne fixent pas non plus, chantier par chantier, l’ordre des travaux ptolémaïques entre les cours, le vestibule et le temple nord ; l’attribution à Ptolémée IX reste donnée comme probable, et les dédicaces de 116 av. J.-C. fournissent l’un des rares points d’appui datés.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Medinet Madi, fouilles de l’université de Pise, laboratoire d’égyptologie de l’université de Pise ; Medinet Madi (fouilles achevées), université de Pise ; Alexandra von Lieven, « Some Observations on Multilingualism in Graeco-Roman Egypt », Max Planck Research Library for the History and Development of Knowledge.