Médinet Madi, agrandissements du sanctuaire : fiche complète

Planche interprétative consacrée à Médinet Madi, agrandissements du sanctuaire
Composition interprétative non métrique ; les positions et proportions ne constituent pas un relevé de fouille.

Identification et localisation

Médinet Madi, dans le Fayoum, correspond à la ville de Dja du Moyen Empire, appelée Narmouthis à l’époque gréco-romaine, nom qui signifie « la ville de Rénénoutet ». La déesse-cobra des récoltes y possédait un temple (temple A) fondé par Amenemhat III en même temps que la ville, sous la XIIe dynastie. Ce sanctuaire, décoré de reliefs figurant Amenemhat III et son successeur Amenemhat IV, comprend une salle hypostyle à deux colonnes et une salle transversale ouvrant sur trois chapelles ; il est présenté par la mission de Pise comme le seul temple de culte du Moyen Empire connu en Égypte qui soit conservé avec ses textes et ses sculptures.

Le programme ptolémaïque autour du temple A

À l’époque ptolémaïque, probablement sous Ptolémée IX Sôter II, le temple d’Amenemhat fut prolongé vers le sud par trois cours et un vestibule, tandis qu’un second temple (temple B, dit temple nord) fut adossé à son flanc nord. Un long dromos bordé de sphinx franchissait le grand portail sud du téménos et menait à un kiosque. À l’accès d’origine de cette voie, les dégagements récents ont mis au jour un autel des sacrifices, quatre statues de lions et une statue de lionne, ensemble décrit comme sans parallèle, ainsi que de nouvelles inscriptions grecques de dédicace datées de 116 av. J.-C. Le dromos se suit aujourd’hui sur 230 mètres du sud au nord.

Sur les montants de la porte de la première cour sont gravés les quatre hymnes grecs d’Isidôros, découverts par Achille Vogliano. Composés après 96 av. J.-C., ils s’adressent à Isis-Rénénoutet (Isis-Hermouthis en grec), à Sokonopis, à Anchoès et, sous le nom de Porramanrès, à Amenemhat III, fondateur du premier temple. L’auteur, un Égyptien hellénisé, honore ainsi en grec, parmi les divinités du lieu, un roi du Moyen Empire.

Le temple C et ses œufs de crocodile

Fouillé par la mission de Pise à partir de 1997, le temple C, d’époque ptolémaïque, est consacré à deux crocodiles divins, peut-être Sokonopis et Soknopaios, ou Soknebtynis. Bâti en briques crues de module ptolémaïque (30 × 15 × 12 cm), il mesure 16,50 mètres de long sur environ 12 mètres de large, et ses murs sont conservés sur 4 à 4,20 mètres de hauteur. Une construction voûtée qui lui est accolée servait à l’incubation d’œufs de crocodile : une salle en contenait plus de trente, et une soixantaine d’œufs au total ont été retrouvés dans des cavités aménagées.

De la stoa romaine aux églises

Au-delà du portail nord, secondaire, une grande cour à portiques (stoa) d’environ 50 × 30 mètres fut ajoutée à l’époque romaine. En 2006–2007, la mission a identifié le castrum Narmutheos d’époque dioclétienne, forteresse carrée de 50 mètres de côté aux murs de briques crues épais de 3,80 mètres, flanquée de quatre tours d’angle et d’une tour centrale circulaire ; une citerne voûtée de 3,35 mètres de côté, creusée dans le rocher, l’alimentait en eau, et la garnison était la cohors IV Numidarum. Dans le secteur sud, dix églises de plan basilical des Ve et VIe siècles attestent la vitalité de la ville à l’époque chrétienne.

De Vogliano au parc archéologique

Achille Vogliano dégagea le temple A et ses ajouts gréco-romains entre 1935 et 1939. L’université de Pise, sous la direction d’Edda Bresciani et en collaboration avec l’université de Messine, a repris l’exploration à partir de 1978. Lancé en 2008 avec un financement de 3,5 millions d’euros du ministère italien des Affaires étrangères, le projet ISSEMM a désensablé une bande de 420 mètres sur 20, sur une profondeur moyenne de 4 mètres, consolidé les structures avec environ un million de briques crues, aménagé un parcours de visite et un centre d’accueil.

Dater chaque ajout

Le phasage fin des travaux ptolémaïques reste la principale question : l’attribution des cours et du vestibule à Ptolémée IX n’est avancée que comme probable, et seules les dédicaces de 116 av. J.-C. et les hymnes postérieurs à 96 av. J.-C. fournissent des repères datés. L’identité exacte des crocodiles du temple C demeure également incertaine.

Sources principales

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Medinet Madi, fouilles de l’université de Pise, laboratoire d’égyptologie de l’université de Pise ; Medinet Madi (fouilles achevées), université de Pise ; Alexandra von Lieven, « Some Observations on Multilingualism in Graeco-Roman Egypt », Max Planck Research Library for the History and Development of Knowledge.

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