
En quelques mots
Médinet Madi, dans le Fayoum, conserve l’un des rares temples du Moyen Empire parvenus jusqu’à nous avec leurs textes et leurs reliefs. Amenemhat III, roi de la XIIe dynastie, fonda ensemble la ville de Dja et son sanctuaire, dans le cadre d’un projet destiné à accroître les ressources agricoles de la région ; son successeur Amenemhat IV poursuivit les travaux. Le temple était consacré à Rénénoutet, déesse cobra, maîtresse des moissons et protectrice du roi, à Sobek, dieu crocodile et seigneur de la région, et à Horus « qui réside à Shedet ». À l’époque gréco-romaine, Dja prit le nom de Narmouthis, « la ville de Rénénoutet » ; le nom arabe de Médinet Madi signifie « la ville du passé ».
Ce que l’on découvre
On aborde aujourd’hui le sanctuaire par une longue allée processionnelle, dégagée du sable sur 230 mètres et bordée de sphinx ; la mission de l’université de Pise y a mis au jour quatre statues de lions et une statue de lionne, sans équivalent connu. Cette allée et les constructions qui précèdent le temple sont ptolémaïques : trois cours, un vestibule, un second temple accolé au nord et une enceinte de brique crue, épaisse et haute, furent ajoutés, probablement sous Ptolémée IX Sôter II. Le noyau du Moyen Empire se trouve au fond de cet ensemble. Son plan, rectangulaire et très simple, comprend une salle à deux colonnes puis une salle transversale ouvrant sur trois chapelles.
Ce qu’il faut regarder
Le contraste entre les parois mérite l’attention. Selon Sergio Donadoni, des reliefs d’une grande finesse couvrent les murs intérieurs, tandis que les faces extérieures sont restées nues. Les scènes représentent les deux rois fondateurs, Amenemhat III et Amenemhat IV, ce qui permet de suivre la continuité du chantier d’un règne à l’autre.
La mémoire du fondateur se lit aussi dans les ajouts plus tardifs. Achille Vogliano découvrit sur le site quatre hymnes en grec composés par Isidore, un Égyptien hellénisé, en l’honneur d’Isis-Thermouthis et d’Amenemhat III, fondateur du temple. Une statue du roi provenant du sanctuaire, aujourd’hui à Milan, le montre assis sur un trône cubique, coiffé du némès ; il tenait probablement sur ses genoux un petit naos abritant l’image de la déesse du temple, et ses cartouches sont gravés sur le trône, de part et d’autre des jambes.
Son histoire
Le temple fut dégagé entre 1935 et 1939 par Achille Vogliano, papyrologue de l’université de Milan, jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale interrompe les travaux. La mission de l’université de Pise, dirigée par Edda Bresciani, travailla systématiquement sur le site à partir de 1978, et plus intensément à partir de 1995. Elle a révélé l’ampleur de l’occupation tardive : un temple ptolémaïque consacré à deux crocodiles, avec une « nurserie » où furent retrouvés des dizaines d’œufs, dix églises paléochrétiennes de plan basilical datées des Ve et VIe siècles, et un camp militaire romain de la fin du IIIe siècle apr. J.-C. Entre 2005 et 2008, un programme de conservation financé par l’Italie a fait retirer environ 35 000 m³ de sable.
Plusieurs questions restent ouvertes, notamment la chronologie exacte des agrandissements ptolémaïques et le lien entre le temple, la ville de Dja et la mise en valeur agricole du Fayoum.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Medinet Madi, Egittologia, Università di Pisa ; Statua di Amenemhat III, Civico Museo Archeologico di Milano ; Sergio Donadoni, « Medinet Madi », Enciclopedia dell’Arte Antica, Treccani, 1961.