
En quelques mots
Douch, que les textes égyptiens nomment Kesh et les textes grecs Kysis, se dresse à l’extrémité sud de l’oasis de Kharga, dans le désert occidental. Sur une butte de grès, un temple de pierre d’époque romaine, consacré à Osiris-iou et à Isis, s’appuie à un imposant bâtiment de briques crues que l’on appelle la forteresse. Autour s’étendent les restes d’un village d’environ neuf à dix hectares, ses nécropoles et un terroir irrigué, dont les parcelles sont exceptionnellement bien conservées.
Ce que l’on découvre
Sur la butte, la masse de brique crue impressionne d’abord et évoque volontiers un fort frontalier. Le temple de grès lui est accolé. Son plan est celui d’un sanctuaire égyptien classique : un vestibule, une salle hypostyle à quatre colonnes, puis deux pièces en enfilade couvertes de voûtes et flanquées de deux chapelles. Le temple fut bâti sous Domitien et achevé sous Trajan et Hadrien.
Le mot « forteresse » mérite d’être nuancé. Les fouilles ont montré que ce grand bâtiment abritait d’abord les magasins du sanctuaire ; il ne fut transformé en caserne qu’à la fin de l’Empire romain. Selon Michel Reddé, qui a dirigé les fouilles, des soldats s’y installèrent vers la fin du IVe siècle apr. J.-C., en détachements temporaires venus de la vallée du Nil, et leur rôle relevait plutôt du contrôle fiscal, douanier et policier que de la défense de l’oasis.
Ce qu’il faut regarder
Deux inscriptions de nature très différente racontent le temple. Sur le linteau du premier pylône, une dédicace grecque est datée du 26 avril 116 apr. J.-C., sous Trajan : elle fixe avec précision une étape du chantier. À l’arrière du temple, sur la face extérieure du mur du fond, les deux divinités du lieu sont figurées en relief. Le dieu y est une forme locale d’Osiris, Osiris-iou, dont le nom se traduit souvent par « Osiris bienvenu » ; l’égyptologue Michel Chauveau propose plutôt « Osiris est venu ». Les Grecs l’assimilaient à Sarapis.
Le regard peut ensuite se porter vers le sol cultivé qui entoure la butte. Puits artésiens et galeries de drainage souterraines, les qanats, alimentaient les champs ; sans eau, ni le temple ni le village n’auraient existé.
Son histoire
L’occupation du lieu remonte bien plus haut que Rome. Les prospections de l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO) ont recensé 84 sites préhistoriques dans la région, dont un campement de chasseurs-cueilleurs du VIIe millénaire av. J.-C. À quelques kilomètres, à Ayn Manâwir, un temple de briques crues dédié au même Osiris-iou fonctionnait déjà à l’époque perse (Ve–IVe siècle av. J.-C.) ; il ne faut pas le confondre avec celui de Douch. À Kysis même, les stratigraphies placent l’installation au début de l’époque ptolémaïque, et le village vécut jusque vers le milieu du Ve siècle apr. J.-C.
En mars 1989, la mission de l’IFAO, présente depuis 1976, mit au jour un ensemble d’objets d’or provenant du trésor du temple d’Isis et de Sarapis, dont un ornement de couronne montrant Sarapis trôné ; il est conservé au Musée égyptien du Caire. La fin du site reste mal comprise : aucune destruction n’est attestée, et l’on envisage un épuisement de la nappe d’eau, peut-être aggravé par une oscillation climatique.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Douch (Kesh / Kysis), Institut français d’archéologie orientale ; Michel Reddé, « Un village dans les oasis d’Égypte : Douch », Ausonius Éditions ; Michel Reddé, « L’occupation militaire tardive dans les oasis d’Égypte », Ausonius Éditions.