
Identification et localisation
Le site de Douch, l’égyptien Kesh et le grec Kysis, occupe une butte de grès naturelle à l’extrémité sud de l’oasis de Kharga, dans le désert occidental égyptien. À l’époque romaine, Kysis était une kômê, un village chef-lieu d’une toparchie du nome d’Hibis. L’agglomération couvrait environ neuf à dix hectares ; elle associait deux grands ensembles monumentaux, un temple de briques crues et un vaste bâtiment fortifié, le qasr, à l’intérieur duquel se dresse le temple de pierre, ainsi qu’un habitat, des nécropoles et un terroir agricole aux parcellaires exceptionnellement bien conservés.
De la préhistoire au Ve siècle apr. J.-C.
Les prospections de l’IFAO ont recensé 84 sites préhistoriques dans la région, dont un campement épipaléolithique du VIIe millénaire av. J.-C. près de puits artésiens et des occupations néolithiques du Ve millénaire. À Ayn Manâwir, tout proche, un temple de briques crues consacré à Osiris-iou était au centre d’une communauté agricole irriguée par des qanats à l’époque perse (Ve–IVe siècle av. J.-C.) ; ses ostraca démotiques en font un ensemble distinct de Kysis. À Douch même, les stratigraphies situent le début de l’occupation au début de l’époque ptolémaïque, et quelques ostraca d’époque ptolémaïque le confirment. Les vestiges visibles datent pour l’essentiel des IIe–Ve siècles apr. J.-C., les mieux conservés de l’Antiquité tardive. Le village fut abandonné vers le milieu du Ve siècle sans trace de destruction ; l’épuisement de la nappe par la surexploitation des sols, peut-être aggravé par une oscillation climatique, est l’hypothèse avancée.
Le temple d’Osiris-iou et d’Isis
Le temple de grès est dédié à Osiris-iou, forme locale d’Osiris que les Grecs assimilaient à Sarapis, et à Isis ; les deux divinités sont figurées sur la face extérieure du mur arrière. Le nom du dieu est généralement compris comme « Osiris bienvenu », mais Michel Chauveau, relevant que les graphies démotiques, antérieures aux graphies hiéroglyphiques, ne notent qu’un simple statif, propose « Osiris est venu ». Construit sous Domitien, le temple fut complété sous Trajan et Hadrien ; une dédicace grecque gravée sur le linteau du premier pylône est datée du 26 avril 116 apr. J.-C. Le sanctuaire se compose de deux pièces en enfilade voûtées, flanquées de deux chapelles et précédées d’une salle hypostyle à quatre colonnes et d’un vestibule.
Des magasins du temple au poste militaire
De grands magasins accompagnaient le sanctuaire ; ce bâtiment de briques attenant au temple fut transformé en forteresse au Bas-Empire. Michel Reddé date la présence militaire du dernier quart du IVe siècle et du premier quart du Ve siècle apr. J.-C., les monnaies indiquant une activité après 378. De nombreux ostraca attestent l’installation de soldats dans les annexes du temple à cette époque, mais aucune présence antérieure. Plutôt qu’une garnison permanente, il restitue des détachements temporaires venus d’unités de la vallée, et une fonction administrative, douanière et policière. L’identification de l’unité à l’ala I Abasgorum de la Notitia Dignitatum reste incertaine. La lecture ancienne d’un fort défendant la route méridionale se trouve ainsi fortement nuancée.
Le trésor d’or de 1989
En mars 1989, la mission de l’IFAO mit au jour, dans le bâtiment de briques attenant au temple, une série d’objets d’or provenant, selon toute vraisemblance, du trésor du temple d’Isis et de Sarapis. Parmi eux figure un ornement de couronne représentant Sarapis trôné, porté par les prêtres lors des liturgies. Restauré d’urgence sur place par Michel Wuttmann, il est conservé au Musée égyptien du Caire et a été exposé un temps à l’Institut du monde arabe à Paris ; Michel Reddé l’a publié en 1992 (Douch IV, DFIFAO 28).
Un demi-siècle de fouilles françaises
Frédéric Cailliaud visita le site en 1818. À la fin du XIXe siècle, des fouilles clandestines dans la nécropole livrèrent le « dossier des nécrotaphes », papyrus grecs publiés par Grenfell et Hunt en 1897. L’IFAO ouvrit le chantier en janvier 1976, à l’initiative de Serge Sauneron ; Michel Reddé dirigea les campagnes de la fin des années 1980, publiées dans Douch III (DFIFAO 42, 2004). Les nécropoles ont fait l’objet des volumes de Françoise Dunand et de son équipe (tombes 1 à 92), et les ostraca grecs ont été publiés en cinq volumes entre 1986 et 2001. À partir de 1988, une équipe de géographes dirigée par B. Bousquet a étudié le système d’irrigation et le terroir, puits artésiens et galeries drainantes compris. Le programme actuel de l’IFAO associe notamment Béatrix Midant-Reynes (CNRS) et Laurent Coulon, tandis qu’une thèse de Tiphaine Dachy reprend la périodisation préhistorique à l’aide de datations radiocarbone.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Michel Reddé, « Le sanctuaire de Sarapis et ses annexes », dans Douch III. Kysis, DFIFAO 42, 2004, repris par Ausonius Éditions ; Michel Reddé, « Le trésor de Douch », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1989, Persée ; Michel Chauveau, « Les archives d’un temple des oasis au temps des Perses », BSFE 137, 1996, Persée.