Identification et localisation
Le Ouadi el-Jarf se trouve sur la côte occidentale du golfe de Suez, en mer Rouge. Le site, utilisé au début de la IVe dynastie sous Snéfrou et Khéops, n’est pas une installation unique : ses composantes s’étendent de la mer aux contreforts du Gebel Galala, sur environ cinq kilomètres. La jetée, les campements côtiers, les dépôts d’ancres et les galeries-magasins forment un système portuaire intermittent. Les expéditions traversaient le golfe vers le sud de la péninsule du Sinaï pour exploiter notamment le cuivre et la turquoise. Le titre « port de l’époque de Khéops » signale la phase la mieux documentée par les archives trouvées sur place ; il ne doit pas effacer les indices d’occupation sous Snéfrou.
Présentation générale
L’intérêt du Ouadi el-Jarf tient à l’association rare d’une infrastructure maritime, de magasins rupestres et d’archives écrites. La jetée construite en L protégeait un accès côtier ouvert dans le récif. Des bâtiments à petites cellules hébergeaient temporairement des équipes, et des ancres de pierre furent laissées groupées en attente d’une réutilisation. Les galeries éloignées de la côte servaient au stockage d’éléments d’embarcations et d’autres équipements entre deux missions. Les papyrus découverts en 2013, à l’entrée d’une galerie, sont des comptes et des journaux de bord. Une partie documente l’activité antérieure de l’équipe de Merer au chantier de la grande pyramide. L’histoire du port et celle du transport du calcaire à Gizeh se croisent donc par les hommes et leurs archives, non par une route de blocs passant par la mer Rouge.
Monuments et vestiges
Sur le littoral, la mission a décrit une jetée massive en L, d’environ deux cents mètres sur chacune de ses deux branches principales selon la synthèse de l’IFAO. Elle se situe devant une brèche du récif corallien facilitant l’accès à la rive. Des bâtiments compartimentés et un dépôt de plus de cent ancres sont connus dans le secteur côtier. Dans les derniers reliefs du Gebel Galala, à quelque cinq kilomètres, plus de trente galeries ont été creusées dans la roche ; leur longueur varie d’une quinzaine à plus de trente mètres. De gros blocs fermaient certaines entrées. Les fouilles ont livré céramiques, outils, scellés et fragments de bateaux. Des centaines de morceaux de papyrus, provenant de plusieurs rouleaux, étaient déposés près de l’entrée d’une galerie. Ces composantes ne sont pas toutes voisines sur le terrain :
Chronologie et phases de construction
Les scellés et autres matériaux situent les principales occupations sous les deux premiers rois de la IVe dynastie, Snéfrou et Khéops. Les installations étaient utilisées lors d’expéditions temporaires ; la fréquence exacte de ces missions ne peut être fixée à partir de chaque galerie. Les archives trouvées en 2013 appartenaient à une équipe venue sur la côte vers la fin du règne de Khéops. Les journaux de Merer décrivent, pour une période antérieure, des trajets de calcaire fin depuis Tourah vers Akhet-Khufu, le chantier de la grande pyramide, par les voies fluviales du Nil. D’autres fragments enregistrent des comptes de denrées, d’outils et de matériel destinés aux équipes du port. Ils permettent de suivre des opérations précises, non la totalité de la politique économique du règne. Après la dernière phase significative d’occupation, le matériel fut laissé ou stocké, et des papyrus furent abandonnés à l’entrée des magasins.
Histoire et fonctions
Le port servait d’étape pour franchir le golfe de Suez et accéder aux ressources du Sinaï. La présence d’une source d’eau dans la région, aujourd’hui près du monastère de Saint-Paul, comptait parmi les avantages de cette implantation. Les bateaux, transportés en pièces depuis la vallée du Nil, pouvaient être assemblés sur la côte puis redémontés et conservés dans les galeries. Les ancres regroupées et les espaces de séjour reflètent le caractère intermittent de l’activité. L’IFAO propose que le cuivre obtenu lors de ces missions ait alimenté, entre autres, l’outillage des bâtisseurs de Gizeh ; cette relation économique est plausible, mais le trajet de chaque lot de métal n’est pas documenté. Le journal de Merer atteste plus directement le transport de calcaire sur le Nil pour la pyramide. Confondre ces deux flux, cuivre depuis le Sinaï et calcaire depuis Tourah, brouillerait le sens des archives.
Fouilles et histoire de la recherche
Les recherches modernes sont conduites depuis 2011 par une mission associant l’Institut français d’archéologie orientale et ses partenaires, sous la direction scientifique de Pierre Tallet avec des spécialistes de l’architecture portuaire et de la topographie. Les campagnes ont documenté la jetée, les camps, les ancres, les galeries et les inscriptions. En 2013, la découverte des papyrus à l’entrée d’une galerie transforma la compréhension du site et du chantier de Gizeh. Leur restauration et leur publication exigent l’assemblage de fragments parfois très petits. Les journaux de Merer ont été édités par Pierre Tallet dans la série des Papyrus de la mer Rouge ; d’autres textes comptables et journaux font l’objet de volumes distincts. Les relevés du port et les études du mobilier permettent de confronter les documents écrits à l’organisation physique du site, tout en respectant la différence de provenance entre les textes et les trajets qu’ils racontent.
État de conservation et questions de recherche
Les installations sont inégalement conservées : une jetée basse, des structures de camp, des galeries et des objets déplacés par la fouille. Les papyrus ont été trouvés au Ouadi el-Jarf, mais plusieurs relatent des opérations conduites auparavant loin de cette côte. La qualification de « plus ancien port » doit être précisée : l’IFAO le présente comme l’un des plus anciens vestiges actuellement connus d’un port artificiel maritime, non comme le premier port jamais conçu. Les fragments écrits sont parmi les plus anciens papyrus inscrits conservés, sans constituer les premières archives de toute l’histoire humaine. La découverte jointe au dossier est une illustration créée du rivage.
Sources principales
Sources principales : IFAO, mission « Ouadi el-Jarf », https://www.ifao.egnet.net/recherche/archeologie/ouadi-el-jarf/ ; IFAO, opération de terrain 17132, https://www.ifao.egnet.net/recherche/operations/op17132/ ; Tallet, Marouard et Laisney, « Un port de la IVe dynastie au ouadi el-Jarf », BIFAO 112, 2012, https://www.ifao.egnet.net/bifao/112/24/ ; Tallet, Les papyrus de la mer Rouge I : Le journal de Merer, IFAO, 2017 ; ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, « Wadi Al Jarf Port », https://egymonuments.gov.eg/sunken-monuments/wadi-al-jarf-port/.
