Désert oriental, fortins de la route de Bérénice

Illustration du site Désert oriental, fortins de la route de Bérénice
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

Entre le Nil et la mer Rouge, les Romains ont jalonné les pistes du désert Oriental de petits postes fortifiés, les praesidia. Sur la route qui menait de Coptos (aujourd’hui Quft) au port de Bérénice, un réseau complet de puits fortifiés fut mis en place à partir de 76/77 apr. J.-C., sous Vespasien, lorsque le préfet d’Égypte Iulius Ursus, revenant de Bérénice, indiqua où creuser de nouveaux points d’eau. Entre Coptos et Phoinikôn (al-Laqîta), cette route partageait son tracé avec celle de Myos Hormos, l’autre grand port de la mer Rouge.

Ce que l’on découvre

Chaque poste se présente en général comme un fortin ou un village fortifié quadrangulaire, bâti en pierre sèche autour d’un puits. À Didymoi, l’eau était remontée par une machine hydraulique dont les godets de terre cuite ont été retrouvés, et quatre citernes furent construites au fil du temps. Devant la porte s’élève presque toujours un dépotoir : c’est là que les garnisons jetaient leurs déchets, et c’est de là que provient l’essentiel des textes connus. Certains fortins se confondent presque avec le paysage : Xèron Pelagos, « Sèche-Mer », petit poste de 44 mètres sur 33, est si ensablé par les crues soudaines de l’oued qu’on le distingue à peine des reliefs rocheux voisins. Les postes diffèrent par leur taille, leur date et leur plan, et aucun ne peut servir de modèle exact à tous les autres.

Ce qu’il faut regarder

Le détail le plus parlant se trouve à Dios (Abû Qurayya). Dans un ancien casernement, une chapelle oraculaire avait été aménagée : une plate-forme ornée d’une rustique marqueterie de pierre portait les statues divines. Statues, cadran solaire et inscriptions votives, en grec et en guèze, sont en stéatite, une roche tendre extraite de carrières situées à 500 mètres au nord du fortin. Une dizaine d’oracles en grec, numérotés et attribués à diverses divinités, ont été retrouvés sur des tessons, et le fragment de cadran solaire porte l’étrange inscription « zone des malheureux ».

Ces tessons inscrits, les ostraca, sont la vraie richesse de la route. Lettres privées, listes de rations, tours de garde, messages de la poste militaire : ils documentent la vie quotidienne des soldats et des civils, mais restent des écrits éphémères, non les archives officielles, reparties vers la vallée du Nil.

Son histoire

La route de Bérénice fut d’abord suivie par des caravanes qui se ravitaillaient à des puits très espacés ; un graffito de 4 av. J.-C., dans l’abri-sous-roche du paneion du wadi Minayh, est le plus ancien témoignage daté de son usage. À partir des années 50 apr. J.-C. environ, elle supplanta celle de Myos Hormos pour le commerce. Les chercheurs lient la construction des fortins à la montée des raids nomades que signalent des ostraca de Trajan et d’Hadrien, mais cette explication reste une hypothèse. Au IIIe siècle, l’armée avait trouvé un arrangement avec les nomades, qui venaient se ravitailler dans les postes et y recevaient des rations de vin. Les fortins encore en service furent abandonnés vers le milieu du IIIe siècle.

Aujourd’hui, le tourisme en véhicules tout-terrain, les fouilles clandestines et les engins des mines et carrières voisines dégradent rapidement ces architectures fragiles. Les tracés exacts entre les points d’eau restent en partie incertains, d’autant que les itinéraires antiques et les ostraca ne concordent pas toujours sur les noms des stations.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Les praesidia romains du désert Oriental, Institut français d’archéologie orientale ; François Kayser, compte rendu de H. Cuvigny (éd.), Didymoi. Une garnison romaine dans le désert Oriental d’Égypte, Revue des études anciennes 114/2, 2012, Persée.