
En quelques mots
Bérénice, que les auteurs antiques surnomment Trogodytika, occupe la côte égyptienne de la mer Rouge, à environ 260 kilomètres à l’est d’Assouan et quelque 825 kilomètres au sud-sud-est de Suez. Pline l’Ancien en attribue la fondation à Ptolémée II Philadelphe, qui lui donna le nom de sa mère ; les fouilles ont confirmé une installation au IIIe siècle av. J.-C. Pendant environ huit siècles, jusqu’au VIe siècle apr. J.-C., le port a relié la vallée du Nil à l’Arabie du Sud, à l’Afrique orientale et à l’Inde.
Ce que l’on découvre
La ville antique se lit surtout à travers les secteurs ouverts par les archéologues. À l’ouest, en bordure de l’oued Mandit, s’étendait le fort ptolémaïque, un vaste ensemble d’environ 150 mètres sur 80, organisé autour d’au moins trois cours. Au nord, un rempart d’environ 180 mètres, repéré par prospection géomagnétique puis en partie dégagé, protégeait la seule approche par la terre. Au cœur de la ville s’élevait le grand temple d’Isis et de Sérapis, bâti au Ier siècle apr. J.-C. et ruiné, selon toute vraisemblance, par des tremblements de terre : c’est le plus vaste sanctuaire de Bérénice. Vers le sud, dans la zone du port, les fouilles ont mis au jour un bâtiment d’atelier, des planches de navires, des cordages et des amarres.
Ce qu’il faut regarder
Les matériaux racontent d’abord le lieu. La tour nord-ouest du premier fort, d’environ 5 mètres de côté, avait des murs faits de blocs de gypse-anhydrite et de gros morceaux de corail : on bâtissait avec les ressources immédiates du rivage. Tout près, un fossé en V creusé dans le rocher, dépourvu de l’enduit de chaux qui aurait permis d’y garder de l’eau, a livré à proximité des molaires d’éléphant ; les fouilleurs y voient un enclos où l’on parquait les bêtes débarquées, premier témoignage archéologique de ce trafic, que confirment ailleurs des fragments du crâne d’un jeune éléphant.
Le temple offre un autre détail frappant : parmi de nombreuses images de Sérapis figure un buste en bois de teck, autrefois doré, que les archéologues pensent taillé dans un mât brisé, car ce bois servait aux navires de l’océan Indien.
Son histoire
Le port naît d’un projet militaire : les Ptolémées y faisaient débarquer les éléphants de guerre capturés plus au sud sur la côte africaine. Le fort connut plusieurs phases entre environ 275 et 200 av. J.-C. et abritait aussi des ateliers de travail du cuivre et du plomb. Sous Rome, Bérénice devint une place de commerce majeure : les fouilles ont livré du poivre noir du Ier siècle, du teck d’Inde du Sud, du cèdre du Liban, des céramiques, des textiles et des perles de fabrication indienne. Des sculptures bouddhiques, une inscription en sanskrit et une statuaire méroïtique témoignent de la diversité des gens de passage, sans que chaque objet importé suffise à prouver la présence durable d’une communauté étrangère.
À partir de la fin du IVe siècle apr. J.-C., les Blemmyes, peuple nomade du désert Oriental, contrôlèrent le port ; une inscription financée par un certain Mochosak, interprète de leur roi Isemne, en garde la trace. Bérénice fut abandonnée avant 550 environ et jamais réoccupée. Le plan géophysique montre qu’une grande partie de la ville reste à fouiller, et le tracé ancien du rivage comme l’emplacement exact de tous les quais demeurent incertains.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Berenike Archaeological Project, Centre polonais d’archéologie méditerranéenne, université de Varsovie ; Discoveries of the Polish Centre of Mediterranean Archaeology in Berenike, université de Varsovie, 2020 ; Marek A. Woźniak et al., « Ptolemaic Berenike: Resources, Logistics, and Daily Life in a Hellenistic Fortress on the Red Sea Coast of Egypt », American Journal of Archaeology 125/2, 2021.