
Identification et localisation
La route de Bérénice reliait Coptos (Quft), sur le Nil, au port de Bérénice sur la mer Rouge ; entre Coptos et Phoinikôn (al-Laqîta), elle partageait son tracé avec celle de Myos Hormos. Les Romains avaient fait de cette partie méridionale du désert Oriental un territoire militaire administré par un chevalier, le préfet (du désert) de Bérénice, qui eut à certaines époques rang de procurateur. Les postes, ou praesidia, sont en général des fortins ou villages fortifiés quadrangulaires en pierre sèche, organisés autour d’un puits (hydreuma). La mission de l’IFAO a travaillé sur quatre d’entre eux : Khashm al-Minayh (Didymoi), Abû Qurayya (Dios), Duwayq (Phalakron ?) et Jirf (Xèron Pelagos, 24°55′40″ N, 34°15′50″ E), ainsi qu’à Bir Bayza. Leurs noms antiques sont transmis par l’Itinéraire Antonin, la Table de Peutinger et la Cosmographie de l’Anonyme de Ravenne, qui ne concordent pas toujours entre eux ni avec les ostraca.
Des stations lagides aux praesidia flaviens
Des stations entre Bérénice et Edfou ou Coptos ont livré des traces d’activité des IIIe et IIe siècles av. J.-C. : le réseau romain prolonge un dispositif ptolémaïque. Au début de la province, Rome se contenta de puits espacés. Un graffito de 4 av. J.-C., au paneion du wadi Minayh, est la plus ancienne date attestant l’usage de la route, dont Pline l’Ancien (Histoire naturelle VI, 102–103) décrit les étapes. Vers 50 apr. J.-C., elle supplanta celle de Myos Hormos pour le commerce. En 76/77, le préfet Iulius Ursus fit creuser de nouveaux hydreumata associés à des fortins ; une dédicace commémorant son passage a été retrouvée sur trois sites, dont Didymoi. La montée des raids de barbaroi, signalés par des ostraca de Trajan et d’Hadrien, est l’explication privilégiée de ce renforcement.
Didymoi, un poste daté par ses ostraca
Didymoi, dont le nom renvoie aux Dioscures, fut fondé en 76/77 ; une nouvelle citerne y fut creusée entre 88 et 92, et le poste reconstruit vers 176–177, sous Marc Aurèle, après l’effondrement du puits. L’eau était puisée par une machine hydraulique à godets de terre cuite ; quatre citernes se succédèrent. Le dépotoir, conservé jusqu’à trois mètres de haut, compte onze phases. Il a livré textiles, cuirs et une scène de chasse à la gazelle peinte sur une peau, sans doute d’un bouclier de parade. Les derniers textes datés remontent à 235–236, dont la copie d’une circulaire annonçant l’association de Maxime au trône par Maximin le Thrace.
Dios, Bir Bayza et Xèron Pelagos
Dios, appelé Iovis dans l’Itinéraire Antonin, fut fondé en 114/115, sans doute pour remplacer Bir Bayza, à 6 kilomètres, abandonné dans le courant du Ier siècle et fouillé en janvier 2008. Dios a livré un balnéaire, une chapelle oraculaire en stéatite avec inscriptions en grec et en guèze, et le praetorium du curateur, orné de mosaïques en damier. Xèron Pelagos, poste de 44 × 33 mètres, doit son énorme dépotoir aux boues gypseuses des curages du puits ; ses ostraca du début du IIIe siècle mentionnent des soldats palmyréniens, éméséniens et parthes.
Garnisons tardives et nomades
Au IIIe siècle, des garnisons réduites laissaient les ordures s’accumuler dans les casernements. Des ostraca montrent un modus vivendi avec les nomades, dirigés par un chef appelé hypotyrannos, qui venaient toucher des rations de vin. Les fortins de la route de Myos Hormos furent abandonnés à la fin du IIe siècle ; ceux de la route de Bérénice, vers le milieu du IIIe.
Un programme de sauvetage
Le programme « désert Oriental », lancé en 1994 et dirigé par la papyrologue Hélène Cuvigny (CNRS, IRHT) avec le soutien de l’IFAO, a exploré la route de Myos Hormos (1994–1997) puis celle de Bérénice à partir de 1998. Les sites souffrent des circuits touristiques en véhicules tout-terrain, des fouilles clandestines et des engins des mines voisines, qui menacent les dépotoirs.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Les praesidia romains du désert Oriental, Institut français d’archéologie orientale ; François Kayser, compte rendu de H. Cuvigny (éd.), Didymoi. Une garnison romaine dans le désert Oriental d’Égypte, Revue des études anciennes 114/2, 2012, Persée ; Marek A. Woźniak, Steven E. Sidebotham et al., « Ptolemaic Berenike: Resources, Logistics, and Daily Life in a Hellenistic Fortress on the Red Sea Coast of Egypt », American Journal of Archaeology 125/2, 2021.